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Marie Leszczynska

     
   

Votre mère

    Votre Majesté,

Est-il possible que vous m'éclairiez sur votre auguste mère? Quand a-t-elle vécu ? Quels furent ses traits de caractère?

Cordialement,

Jérôme



Monsieur Jérôme,

Ma mère, Catherine Opalinska, fille du comte Opalinski, est née en 1680. J'eus le très grand chagrin de la perdre il y a plus de vingt ans, le 19 mars 1747.

C'était une femme très douce, humble et pieuse. Les méandres de l'exil, qui l'avait séparée à plusieurs reprises de mon père Stanislas, qu'elle avait épousé à dix-huit ans, furent très douloureux pour elle. Pour subvenir aux dépenses quotidiennes, ma mère était parfois contrainte de vendre ses bijoux et la vaisselle familiale! Quel état de misère, lorsque l'on est bien née et que l'on a été reine! Contrairement à mon père, qui se montrait volontiers jovial, elle se repliait sur elle-même.

Malgré cela, je n'ai pas eu le malheur que connaissent bien des princesses, c'est-à-dire de ne voir leurs parents que quelques instants dans une journée où l'étiquette seule règne. À Wissembourg, je passais de neuf heures jusqu'à onze heures chez ma mère, tous les matins. Nous assistions alors à la messe quotidienne, avant de dîner, toujours avec ma mère, car mon cher père avait accoutumé de dîner seul. Nous restions à causer ou à travailler à nos ouvrages jusqu'au soir.

C'est principalement mon père qui m'éduqua. Si ma mère avait eu son mot à dire, elle m'aurait apporté une éducation bien plus austère, sans doute, ce qui m'aurait peut-être nui à la cour de France, où il est indispensable de briller par son esprit.

Je vous salue,

Marie, Reine de France et de Navarre