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Julien |
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Votre enfance en Pologne et autres questions |
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Votre Majesté, Julien, Je vous remercie pour l'intérêt que vous portez à la pauvre reine que je suis devenue. Je m'appliquerai donc à répondre à vos questions. Je ne saurais vraiment vous raconter la vie à la cour de Pologne, car mon père, Stanislas Leszczynski, a été détrôné suite à la malheureuse défaite de Poltava; je venais d'avoir six ans. Je sais que ma naissance avait était endeuillée par les morts récentes de mes grand-père et arrière-grand-père paternels. Ma petite enfance avait été troublée par les instabilités politiques. On m'a raconté, dans la suite, que Auguste II, notre adversaire en titre, s'apprêtait à assiéger Varsovie en 1704, du fait du faible soutien qu'apportait Charles XII, roi de Suède, à notre couronne. Mon père s'apprêtait à rejoindre le Suédois pour réclamer son appui. Il nous envoya, ma grand-mère, ma mère, ma soeur et moi, dans sa région natale de Posmanie où il nous savait en sûreté. Il fallait fuir avant l'arrivée des troupes ennemies. Aussi fîmes-nous de brefs arrêts à chaque relai, souvent fort misérables, afin de ne pas attirer l'attention. Après plusieurs jours de voyage, on s'aperçut que j'avais disparu. On fit demi-tour et on me retrouva dans une étable où ma nourrice m'avait installée pour la nuit, faute de mieux! Je n'avais alors guère plus d'un an. Restée dans cette région, le calme fut cependant bref. Un jour de 1708, notre palais fut attaqué par les Cosaques de Pierre Ier de Russie. Tout le monde avait fui par les fenêtres et on m'avait confiée à des paysans qui me cachèrent dans un four à pain jusqu'au départ des soldats. Jamais je n'eus aussi peur que cette fois-là. L'année suivante, mon père fut contraint à capituler et nous, à quitter le royaume de Pologne pour tout de bon. Pourquoi suis-je devenue reine? La question serait plus destinée à ceux qui ont poussé le Roy à contracter ce mariage. Sachez tout d'abord qu'épouser Louis XV était une fortune incroyable pour moi, et une terrible mésalliance pour lui. Certes, j'étais fille de roi, mais mon père ne régnait plus depuis bien longtemps! On avait songé à me faire épouser le Premier Ministre de l'époque, le duc de Bourbon. Sa maîtresse, Madame de Prie, était favorable à ce mariage, car elle espérait que, jeune et inexpérimentée, je n'aurais pas la moindre influence sur son amant. Cette dame était tout acquise à ma cause; j'en ai payé les conséquences depuis. Mais il y avait des affaires autrement plus pressantes: on avait renvoyé Marie-Anne-Victoire de Bourbon, la petite infante fiancée au Roy. Il fallait la remplacer dans les plus brefs délais; il en allait de l'avenir de la dynastie. Madame de Prie, voyant le meilleur moyen d'accroître son influence, avança mon nom. Le gouvernement m'écarta d'abord de la liste des partis envisageables, sous prétexte de ma basse naissance et du peu de moyen financier de mon père. Mais enfin, et ce, grâce à Madame de Prie, on me choisit, malgré mon âge déjà assez avancé en comparaison à celui du Roy. Le 27 mai 1725, la nouvelle du mariage royal fut rendue publique. J'ai toujours passionnément aimé le Roy mon époux, dès notre première rencontre, avant même nos épousailles. Cette affection fut réciproque dans les premiers temps, mais bien des événements contribuèrent à me détacher du Roy. Nous n'avions pas les mêmes goûts, notre différence d'âge était importante, etc... Depuis 1738, nous menions des vies séparées, ne nous voyant seulement que lorsque le protocole nous l'obligeait. Aujourd'hui, nos relations tiennent de la froideur polie. Ce fut difficile de m'accommoder à vivre avec les favorites de mon époux. Mais Madame de Pompadour était courtoise et n'avait rien de l'insolence des soeurs Nesle. Je ne lui témoignais rien de plus que de l'indifférence, voire un semblant d'amitié lorsque nous devions nous entretenir. Mes principes moraux me portent à réprouver la fréquentation de courtisanes de cette sorte, mais puisqu'elle plaisait au Roy, autant celle-là qu'une autre. Que pouvais-je faire d'autre? Au plaisir de vous répondre à nouveau, Votre toute dévouée, Marie Leszczynska
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