|
Flore |
||
|
Vos robes |
||
| Votre
Majesté, Je suis ravie de correspondre de nouveau avec vous. Comment allez-vous depuis tout ce temps? J'espère que vous vous portez bien et que votre famille aussi. Je souhaiterais vous poser à nouveau une question sur vos toilettes. Vous m'aviez dit que, lorsque vous étiez plus jeune, vous étiez assez coquette. Quelles couleurs aimiez vous en particulier? Etaient-ce des robes à volants, à perles, à noeuds? Ou des robes toutes simples? Respectueusement, Flore Flore, Veuillez excuser mon retard. Ma santé n'est plus très bonne, et je suis très occupée par l'édification de mon couvent à Versailles. C'est mon rêve que d'ouvrir, à l'exemple de Madame de Maintenon, une maison pour l'éducation des jeunes filles pauvres. La mort de mon père, tout en me causant un grand chagrin, me permet de réaliser ce projet que mes dettes de jeu réduisaient jusqu'alors à un était chimérique. Lorsque je ne me sens pas trop faible, je m'y consacre corps et âme, avec l'aide de Mesdames mes filles. Aussi ma correspondance passe-t-elle quelque peu en second plan. Ma vie à la cour est de plus en plus triste. Je ne quitte plus le deuil. Mon fils, puis mon père, sont morts il y a bien peu de mois! Et Madame la dauphine, si récemment! Je me sens plus seule que jamais, et je prie Dieu pour qu'Il me rappelle à Lui. Je songe à ma jeunesse, où, le coeur rempli d'illusions, je quittais la Lorraine pour épouser le Roy de France, que j'aimais déjà avant que de le connaître! En ce temps-là, j'étais en effet coquette, comme toute jeune princesse réduite à l'état d'une simple demoiselle désargentée. Je n'avais rien, pas de bijoux, qui avaient été donnés en gage à une banque. Alors, pensez-vous, devenue reine, grand était mon goût pour les belles toilettes! J'ai adoré l'hermine royale, le brocart, le taffetas, les dentelles, les diamants, les perles, tout ce dont j'avais cruellement manqué. J'ai un goût particulier pour les étoffes imprimées à fleurs, ainsi que les robes à paniers, malgré leur inconfort. Cependant, depuis que mon époux me délaisse, je m'habille de toilettes simples, sans recherche, pour le quotidien. Je n'ai plus à plaire à mon époux, et mes intimes, aujourd'hui presque tous disparus, appréciaient bien plus la conversation que les luxes vestimentaires. À l'exception, bien sûr, des moments en représentation, mes toilettes sont simples. Marie |
| |
|