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Kristina |
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Naissance de vos jumelles |
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| Majesté, Tout d’abord je voulais vous féliciter car vous étiez une bonne Reine pour la France. Malheureusement, je sais vous n’étiez pas toujours heureuse à la Cour et j’en suis désolée… Vous avez néanmoins donné naissance à dix enfants et cela est très courageux. J’aimerais revenir sur la naissance vos premières filles. Pendant votre grossesse, qui j’espère s’est bien passée, pressentiez-vous que vous alliez donner naissance à des jumelles? Comment avait réagi votre mari à l’annonce de votre grossesse? Est-ce vous qui lui avez annoncé? Et vous même, comment avez-vous réagi lorsque vous avez su que vous étiez enceinte? Le Roi vous traitait-il autrement pendant votre grossesse? Comment s’est déroulé votre premier accouchement? Je sais qu’à votre époque les accouchements étaient publics. Y avait-il vraiment beaucoup de monde? Le Roi était-il présent? Comment a-t-il réagi lorsqu’il a su qu’il était père de deux filles? Était-il heureux ou déçu que cela ne soit pas un Dauphin? Et vous, comment avez-vous réagi? Je suppose que vous étiez avant tout très heureuse de devenir mère. Merci de répondre à mes questions, Je vous embrasse, Kristina Kristina, Je n'ai en effet pas toujours été heureuse à la cour, mais la naissance de mes filles jumelles fut l'un des plus beaux jours de ma vie de Reine, et dont le souvenir m'a aidé à supporter les épreuves qui ont suivi. Mettre au monde des enfants était mon devoir, l'unique raison pour laquelle j'avais été épousée. Certes, être enceinte tous les ans n'est pas de tout repos, mais mes maternités m'ont comblée et je remercie Dieu qui m'a permis de donner des héritiers au trône de France sur lequel Il m'a placée. J'étais alors encore bien jeune mais déjà éprouvée par la récente disgrâce de feu Monsieur le duc de Bourbon qui m'avait laissé craindre le pire. Peu après, en août 1726, j'eus une sérieuse indigestion dont je crus mourir, mais dont je m'étais heureusement rétablie après avoir reçu les derniers sacrements. Je voulais encore croire au bonheur, j'aimais mon époux et je voulais remplir mes devoirs en lui donnant une descendance. Je m'étais déjà crue enceinte à plusieurs reprises et je l'avais annoncé, mais mes espoirs avaient été toujours déçus. A la cour, on commençait à s'interroger. On m'avait d'ailleurs prétendue stérile lors de l'annonce de mon mariage, sans aucun fondement, et l'on finissait par se demander si les rumeurs n'étaient pas fondées. Néanmoins, au début du mois de janvier 1727, mon médecin Helvétius me laissa entendre que j'allais bientôt être mère. Je refusais pourtant d'y croire et je n'en dis rien à personne, pas même au Roi que je craignais de décevoir à nouveau. Ce fut Helvétius qui alla l'en informer. J'avais si peur de lui déplaire, de l'ennuyer, de provoquer son courroux! Je voulais qu'il me pardonne et je me crus exaucée; le séjour à Fontainebleau, à l'automne 1726, s'était fort bien déroulé. Nos relations semblaient s'améliorer, mais rien n'était plus comme avant ma funeste intervention auprès du duc de Bourbon et de Madame de Prie. Je ne cessais pourtant d'espérer que la naissance d'un Dauphin le rapprocherait de moi. Ma grossesse fut annoncée au public en mars 1727. Le doute n'était plus permis, et nous étions tous fous de joie. Elle se passa bien. Je restais dans mes appartements, à l'écart de l'agitation. J'étais très entourée et soignée, le Roi était souvent près de moi et renonçait parfois à ses chères chasses afin de me distraire et de me tenir compagnie. Il avait pour moi des égards qui m'allaient droit au coeur. Les médecins n'avaient pas prévu des jumelles; le cas ne s'était d'ailleurs pas produit, dit-on, depuis Catherine de Médicis. Ils prévoyaient unanimement un Dauphin. Je vous laisse imaginer quelle fut leur surprise à mon accouchement. L'évènement que tous attendaient se produisit le 14 août 1727. La veille au soir, j'avais à mon habitude soupé copieusement et je m'étais régalée au dessert de figues et d'un melon à la glace. Je fus prise de vomissements, que les médecins et mon accoucheur, Peyrard, qui logeait tout près de ma chambre depuis le début de ma grossesse, attribuèrent à un simple abus de bonne chère. Il faut dire que mes couches n'étaient prévues que pour le début du mois de septembre. Rassurée, je me mis au lit et m'endormis, mais les douleurs de l'enfantement m'éveillèrent au milieu de la nuit. J'appelais alors Peyrard qui accourut et confirma que le travail débutait. Madame la maréchale de Boufflers, qui était alors ma dame d'honneur, déjà avertie, entra alors dans ma chambre. C'est elle qui, tout en me rassurant, fit appeler les témoins d'usage, qui étaient effectivement fort nombreux. Les valets accouraient et les grands seigneurs, princes et princesses du sang, dignitaires et ministres, tirés de leur sommeil, commençaient à arriver en bâillant, tandis que Peyrard me saigna une première fois, vers quatre heures du matin. Il y avait déjà du monde autour de moi, mais le gros des courtisans, voyant qu'il y en avait encore pour longtemps, se tenait dans le salon de la Paix jouxtant ma chambre. Leurs discours, leurs exclamations, mêlées aux paroles des médecins, des gouvernantes, et à celles des religieux qui disaient la messe dans ma chambre, tout cela me donnait le tournis. Le Roi dormait encore, et il n'arriva que vers les sept heures du matin, lorsque l'assistance jugea à propos de le réveiller. Il accourut et s'assit à mon chevet. Peyrard lui annonça que le travail était bien avancé. Je fus saignée à nouveau. Tout en me regardant avec tendresse, le Roi fit prier tous les témoins qui n'étaient pas encore arrivés. Les courtisans allaient et venaient entre ma chambre, pour voir où en étaient les choses, le salon de la Paix et la Galerie des Glaces, tout en bavardant gaiement. Leurs regards indiscrets me mettaient mal à l'aise, mais je tâchais de faire bonne figure. Les médecins m'exhortaient à prendre patience et mon époux m'encourageait, me tenant la main et la caressant avec sollicitude. Ce ne fut qu'à onze heures et quart que Peyrard cria: «Sa Majesté accouche!». Les courtisans se précipitèrent alors vers mon lit et considéraient avec curiosité l'enfant qui venait de naître, qui fut rapidement posé dans un bassin d'argent. Avant même d'entendre de la bouche des médecins le sexe de l'enfant, je vis les sourcils de l'assistance se froncer. Je compris que c'était une fille. Je n'eus pas le temps de surmonter ma déconvenue d'avoir encore trompé les espérances de la France, que Peyrard s'écria: «Il y en a encore un!» Aussitôt, je vis la déception se muer en un grand étonnement. Une seconde fille vint au monde. J'étais certes toujours un peu déçue, mais le Roi était charmé de son ouvrage et souriait avec ravissement. Les petites princesses se portaient à merveille, parfaitement bien formées. Les médecins n'étaient pas les derniers surpris, n'ayant pas été capables de prévoir cette double naissance! Le Roi se tourna vers les courtisans et eut ce bon mot: «On avait dit que je n'étais pas capable d'avoir d'enfant, et j'ai fait coup double!». Il y avait bien là de quoi être fier, d'autant qu'il n'avait alors que dix-sept ans… Au plaisir, Marie Je vous remercie, Majesté, pour votre réponsequi m'a fait grand plaisir. J'aimerais également savoir qui s'est occupé de vos jumelles? Et si vous alliez les voir souvent au cours de vos journées? Je suis sûre que vous étiez une très bonne mère qui était très proche de ses enfants et qui les aimait plus que tout. Parmi tous vos enfants il y en t-il eu un dont vous étiez plus proche que des autres? J'ai entendu dire que le Roi les adorait également? Passait-il du temps avec eux? A bientôt, Kristina Kristina, A leur naissance, mes jumelles furent confiées à Madame la duchesse de Ventadour, qui avait déjà été gouvernante du Roi mon époux. Il avait grande confiance en ses capacités et l'aimait beaucoup. Orphelin très jeune, le Roi avait trouvé en elle une seconde mère affectueuse et tendre, l'appelant d'ailleurs «Maman» dans son enfance. Il lui était très reconnaissant car elle lui avait sauvé la vie: à l'âge de deux ans, alors qu'il était atteint de la maladie qui avait emporté ses parents et son frère aîné, elle refusa de le laisser aux mains des médecins incompétents et le soigna elle-même, sans quoi il n'aurait probablement pas survécu. Mes filles ont été élevées dans l'aile sud de Versailles, dite l'aile des Princes. Elles étaient pourvues d'une grande et coûteuse Maison, dont les dépenses occasionnées conduisirent Fleury à décider d'éloigner les cadettes à Fontevraud, décision à laquelle je dus me plier. Mon cher papa, qui venait souvent leur rendre visite, s'élevait contre cette domesticité excessive autour des enfants, mais le protocole étant immuable, les choses demeurèrent de même. Durant les trois premières années, ce furent surtout leurs nourrices, Madame Varanchan et Madame Raymond, qui veillèrent sur mes filles. Ce fut à l'âge de trois ans que leur éducation débuta, dispensée par des maîtres divers, sous le contrôle de Madame de Ventadour. Dès leur plus jeune âge, mes filles furent amenées à vivre en représentation. Même si elles étaient éloignées du gros de la cour, elles n'y échappaient pas pour autant. Telle était leur condition de princesses, qui n'était pas facile à vivre au quotidien. Avant même de savoir lire, il fallait qu'elles se rappellent les préséances, les rangs et les honneurs dus à chacun... Versailles ne convenait pas aux enfants: non seulement il était infesté de courtisans avides de commérages, mais l'air n'y était également guère sain, le terrain étant marécageux à l'origine. En 1733, alors que, à notre grande douleur, Madame Troisième et le duc d'Anjou passèrent de vie à trépas, nous résolûmes de leur faire passer l'été à Meudon, où avait vécu le Grand Dauphin, grand-père du Roi. L'air y était bien plus sain et l'atmosphère délicieusement champêtre. Mes filles y passaient des séjours agréables, bien plus libres qu'à Versailles, pouvant jouer à leur aise dans le jardin. Je ne voyais pas assez mes filles à mon goût. Les visites étaient courtes et à heures fixes. Je n'étais jamais seule avec mes enfants. Une Reine devant tenir son rang, je ne pouvais manifester librement mon affection maternelle sans enfreindre le protocole. Quoi qu'il m'en coûtât, je devais respecter le cérémonial qui fige les sentiments. Ayant moi-même été très proche de mon père, je souffrais de la situation. Les effusions de sentiments n'étaient pas permises, et je devais prendre garde à ne pas me donner en spectacle et à montrer le bon exemple. Mes filles étaient dans mon coeur mais je me devais de ne pas paraître excessivement proche d'elles, sans quoi mon attitude aurait été jugée déplacée et indigne. De ce fait, nous ne pouvions nous retenir lors des deuils ou des séparations. Lorsque Élisabeth, avant de partir en Espagne rejoindre son époux, vint chez moi pour me dire adieu, nous avons pleuré dans les bras l'une de l'autre durant une demi-heure, incapables de prononcer un mot. Le Roi aima beaucoup ses filles jumelles, même si lui non plus ne parvenait guère à exprimer ses sentiments. Il fut vivement frappé par leur mort. Aujourd'hui, il est particulièrement proche de Madame Adélaïde, à qui il a pardonné sa vive hostilité envers la feue Madame de Pompadour. Il lui apporte le café chez elle tous les matins et a de longues conversations avec elle. Quant à moi, j'étais très proche de feu mon fils, le Dauphin. Sa naissance, que je vécus comme une bénédiction du Ciel, m'avait remplie de joie. C'était un enfant charmant, au caractère bien trempé mais qui savait se faire aimer. Il avait une verve plaisante et comme mon cher papa, faisait des mots d'esprit admirables. Si ses relations avec le Roi son père ne furent pas toujours faciles, sa mort nous frappa tous deux en plein coeur. Amicalement, Marie Merci pour toutes ces informations sur vos enfants et pour votre gentillesse, Majesté. Je vous embrasse, Kristina |
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