|
|
||
|
troisacdbg@club-internet.fr |
||
|
Mesdames de France |
||
| Votre Majesté, J'aurais voulu connaître un peu mieux le caractère de vos filles: on dit d'Henriette qu'elle était sérieuse, Adélaïde s'amuse de tout, que Victoire est assez intelligente, Sophie timide et Louise discrète. Pourrais-je en savoir plus. Si le roi a eu une préférence pour ses filles aînées Élisabeth et Henriette, avez-vous également une fille que vous préférez aux autres? Êtes-vous proches de votre descendance? Comment occupez-vous vos journées lorsque le roi vous délaisse pour ses maîtresses? A ce propos, je dois vous dire que je vous plains de tout mon coeur: être délaissée juste parce qu'à partir de 1738 vous ne pouviez plus donner d'enfants à la dynastie est bien injuste. Je voudrais également savoir comment vous avez supporté à la cour (durant près de 20 ans!) la présence de la marquise de Pompadour qui était devenue la confidente de votre époux. Avec toute mon amitié Anaïs Anaïs, Je fus et je suis encore très proche de mes enfants. J'aimais toutes mes filles également, malgré les humiliations que me causèrent les cadettes à leur naissance. Madame Henriette était une personne d'un maintien très convenable, d'une piété profonde, douce et polie. Elle était parfaitement bien élevée et, de plus, bonne cavalière et excellente musicienne. Henriette menait une vie tranquille et, contrairement à Adélaïde, ne défrayait pas la chronique. Madame Adélaïde s'amuse de tout, en effet. Autrefois, lorsqu'elle était enfant, elle faisait mille sottises. Un jour d'été 1743, où l'on ne parlait que de la guerre contre les Anglais, Adélaïde s'échappa en pleine nuit, pensant pouvoir se rendre sur le front et en tuer quelques-uns! Elle fut arrêtée par des gardes et ramenée au château. Dès que nous fûmes avertis de l'affaire, nous rîmes de bon coeur et n'osâmes point gronder l'indocile. Une autre fois, elle fut surprise à lire un roman fort licencieux, rempli d'estampes abominables, «Le Portier des Chartreux». Le Roy tenta d'étouffer l'affaire, en vain. Madame Adélaïde, qui avait alors quatorze ans, provoqua un scandale inédit de la part d'une fille de France. A la mort de son aînée, c'est elle qui prendra sa place dans le coeur du Roy. Adélaïde prend alors le titre de Madame et loge sous l'appartement du Roy, qui descend tous les matins, aujourd'hui encore, lui apporter un café qu'il prend soin de préparer lui-même. Madame Victoire est fort intelligente. Elle forma, avec ses deux soeurs Sophie et Louise un petit groupe où elles partageaient les divertissements, en marge du clan des aînées. Victoire, tout comme Sophie, détestait le cavagnole auquel la petite Louise trouvait de l'attrait. Victoire fut tout de suite à l'aise à la cour, qu'elle découvrait à presque quinze ans. Madame Sophie est quand à elle d'un esprit médiocre. Elle était fort timide, ce qui la faisait passer pour sotte auprès des courtisans. Après la mort d'Henriette, Adélaïde l'entraîna, ainsi que Victoire, dans ses amusements. Madame Louise ne se sentit jamais chez elle à la cour. Elle regretta toujours Fontevrault. Jamais elle ne partagea les distractions des aînées. Fort silencieuse et secrète, elle vit en retrait. Louise nous a souvent fait part de sa vocation religieuse, vocation qui n'a pas encore été concrétisée. Bien à vous, Marie Leszczynska, Reine de France |
|
|