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Marie-Zéphirine |
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Chère Marie, M'intéressant de très près à votre famille, je voudrais savoir si vous auriez quelques renseignements sur Marie-Zéphirine, le premier enfant tant désiré de votre fils le Dauphin et de Marie-Josèphe de Saxe. À quoi ressemblait-elle? Étiez-vous proche de cette enfant qui vous fut retirée si jeune? On m'a dit d'elle qu'elle dansait merveilleusement et qu'elle aimait beaucoup son frère le petit duc de Bourgogne. Je vous envoie toute mon amitié, Anaïs Madame, J'ai bien plaint Marie-Josèphe lors de son accouchement, le 26 août 1750. Comme le veut la coutume, j'ai dû y assister. La chaleur de la saison était étouffante dans la chambre; quelle épreuve que de faire ses couches en plein été! La pauvre Dauphine resta depuis le matin jusqu'à six heures du soir dans sa chambre. Vers midi, alors qu'elle était sur le point d'être délivrée, le Roy fit entrer la foule des courtisans dans la chambre. Imaginez-vous la douleur et la gêne de Marie-Josèphe, scrutée de toutes parts, qui dut attendre une longue heure avant d'être accouchée! Et lorsqu'elle apprit que c'était une fille, sa tristesse fut infinie. Heureusement, le Dauphin, qui avait passé la journée près d'elle, la consola. Le Roy était déçu, comme tout le monde. Et après avoir vu l'ondoiement, les courtisans refluèrent pour passer à table et déjà ne s'occupaient plus de cette enfant, qu'on appelait «La petite Madame». Comme pour la première princesse décédée, la gouvernante fut Madame de Tallard. Lors de son baptême, la petite serait prénommée Marie-Zéphirine. On disait qu'elle avait un caractère emporté et qu'elle ressemblait à la Dauphine. Je ne me suis jamais vraiment occupée d'elle, je ne pourrais vous en dire davantage. Lorsqu'elle mourut le 2 septembre 1756, prise de convulsions, son trépas passa pour ainsi dire inaperçu. Personne ne prit le grand deuil. De vous, Madame, la très fidèle et très dévouée amie,
Marie Leszczynska Très chère Marie, Merci pour toutes ces précieuses informations. Il est bien vrai qu'accoucher publiquement ne devait guère être agréable pour vous, comme pour la Dauphine. Est-il exact que quelque peu déçue de n'avoir accouché que d'une fille, Marie-Josèphe plaisanta sur son enfant en disant qu'elle avait l'air d'un «petit dragon»? Je sais en tout cas que la mort de la petite princesse a bien affecté la pauvre Dauphine. Il est bien cruel de voir ses enfants partir avant nous. Marie-Josèphe ne semble pas avoir été épargnée. Elle a, il me semble, tout d'abord donné naissance trop tôt à des enfants morts dès la naissance le 30 janvier 1748 et 10 mai 1749 avant de perdre le petit duc d'Aquitaine le 22 février 1754 puis le jeune du de Bourgogne le 22 mars 1761. Au moins avez-vous pu la soutenir, ayant vous aussi perdu plusieurs enfants en bas-âge. Est-il exact, Votre Majesté, que c'est votre fille Henriette-Anne qui rapprocha son frère de Marie-Josèphe, celui-ci pleurant toujours au début de son second mariage sa première épouse? Comment vos filles se sont-elles entendues avec les épouses de Louis-Ferdinand? Je vous remercie encore du temps que vous me consacrez et reste votre fidèle amie, Anaïs Anaïs, J'ignore si ma chère belle-fille Marie-Josèphe avait en effet parlé de sa fille comme d'un «petit dragon». Elle fut effectivement triste à sa mort, mais l'étiquette nous empêche de laisser libre cours à nos émotions. De plus, la mort d'enfants en bas-âge n'est pas rare à notre époque. Après tout, Marie-Zéphirine était jeune et ce n'était en somme qu'une fille! Telle est la loi cruelle en cette Cour de France; je n'ai jamais pu m'y faire vraiment. Par chance pour la Dauphine, qu'on appelait familièrement Pepa, elle enfanta de nombreux enfants mâles, dont trois survécurent. Je la consolais bien sûr des pertes qu'elle faisait, nous étions très proches. Je l'encourageais cependant à ne pas montrer son chagrin; une reine se doit de savoir faire face aux malheurs, qui sont hélas nombreux ici-bas. Madame Henriette contribua à rapprocher le Dauphin de notre chère Pepa. Son caractère aimable attira tout de suite l'amitié de son frère qui se fit un devoir de lui plaire. Il est vrai que Louis-Ferdinand eut du mal à oublier la première Dauphine, l'ayant beaucoup aimée, et, peut-être, trop vite remplacée. Mesdames se sont toujours fort bien entendues avec Pepa. Leur passion commune pour la musique les rapprocha. Lorsque la Dauphine était enceinte, les concerts ne se donnaient plus chez moi mais chez elle. On fit jouer des opéras, Pepa les goûtant fort. Parfois même elle interprétait pour nous une oeuvre de sa connaissance, ayant un grand talent. Nous fîmes venir beaucoup de musiciens qu'elle appréciait. La Dauphine demanda un jour que l'on reçut un jeune prodige autrichien, Wolfgang Amadeus Mozart. Il a fait les délices de Mesdames ainsi que de la Dauphine. Il fut à côté de moi au Grand Couvert, nous avons pu disserter en allemand, langue que j'ai apprise dans ma jeunesse, et il m'a paru fort au-dessus de son âge, qui était de sept ou huit ans. Je garde un excellent souvenir des artistes que Pepa faisait venir. Ce fut un moyen pour elle de se rapprocher du Dauphin, qui bien souvent supervisait les programmes musicaux. À bientôt, Marie Leszczynska
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