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Kristina |
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Madame de Maintenon |
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| Majesté, J’espère que votre santé est bonne et que vous vous portez bien depuis ma dernière lettre. J’aimerais savoir ce que vous pensez de la marquise de Maintenon, la seconde épouse de Louis XIV. Bien à vous, Kristina Chère amie, Au cours d’une de mes visites à Saint-Cyr, on m’a rapporté ces paroles de madame de Maintenon: «Le vrai moyen d’adoucir ses peines est de soulager celles d’autrui.» En effet, nombreux sont ceux qui sont bien plus malheureux que moi, comme ces pauvres gens qui vivent près du château de Versailles et que je tâche de secourir. À ma moindre sortie, dès que le destin croise nos chemins, ils suivent mon carrosse et m’acclament. Mon chevalier d’honneur les appelle d’ailleurs mon régiment! Leur affection me donne la force de supporter les douleurs de ma vie. L’amour de mes filles, mesdames Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise me redonne goût à la vie, même si je ne peux m’empêcher, en les voyant, de me rappeler nos chers disparus… Je leur fais confiance pour mener à bien, après ma mort, le projet qui anime ma vieillesse et dont je vous ai fait part. J’ai foi en l’énergie et la détermination d’Adélaïde… Ma mort leur sera sans doute douloureuse, mais elles savent aussi que mon âme meurtrie y trouvera sa délivrance. Je suis consciente que ma fin approche, et je l’accepte. Quant au roi… Je lui ai donné dix enfants mais nous menons des vies séparées depuis près de trente ans. Comme la fuite du temps m’effraie! Il me semble que c’était hier que nous unissions nos destins. Je lui ai pardonné ses infidélités, et j’implore pour lui la miséricorde divine. Il était fatal et inéluctable qu’il prenne des maîtresses, car j’étais de toute évidence trop âgée et incapable de le divertir comme le faisait madame de Pompadour… Votre dévouée, Marie Leszczynska Ma chère Reine, Merci pour cette réponse qui m’a beaucoup touchée. Je tenais juste à vous dire que vous n’avez rien à vous reprocher. Vous étiez une excellente reine pour la France et si le roi vous a trompée ce n’est pas du tout de votre faute mais uniquement de la sienne. Bien que plus âgée que lui, vous étiez très belle et très gentille. Vous valiez beaucoup plus que ses maîtresses, à mes yeux en tout cas. Et je suis sûre que je ne suis pas la seule à le penser… Je vous embrasse, Kristina Chère amie, Au cours d’une de mes visites à Saint-Cyr, on m’a rapporté ces paroles de madame de Maintenon: «Le vrai moyen d’adoucir ses peines est de soulager celles d’autrui.» En effet, nombreux sont ceux qui sont bien plus malheureux que moi, comme ces pauvres gens qui vivent près du château de Versailles et que je tâche de secourir. À ma moindre sortie, dès que le destin croise nos chemins, ils suivent mon carrosse et m’acclament. Mon chevalier d’honneur les appelle d’ailleurs mon régiment! Leur affection me donne la force de supporter les douleurs de ma vie. L’amour de mes filles, mesdames Adélaïde, Victoire, Sophie et Louise me redonne goût à la vie, même si je ne peux m’empêcher, en les voyant, de me rappeler nos chers disparus… Je leur fais confiance pour mener à bien, après ma mort, le projet qui anime ma vieillesse et dont je vous ai fait part. J’ai foi en l’énergie et la détermination d’Adélaïde… Ma mort leur sera sans doute douloureuse, mais elles savent aussi que mon âme meurtrie y trouvera sa délivrance. Je suis consciente que ma fin approche, et je l’accepte. Quant au roi… Je lui ai donné dix enfants mais nous menons des vies séparées depuis près de trente ans. Comme la fuite du temps m’effraie! Il me semble que c’était hier que nous unissions nos destins. Je lui ai pardonné ses infidélités, et j’implore pour lui la miséricorde divine. Il était fatal et inéluctable qu’il prenne des maîtresses, car j’étais de toute évidence trop âgée et incapable de le divertir comme le faisait madame de Pompadour… Votre dévouée, Marie Leszczynska Merci pour cette réponse, Majesté. Il est vrai que moi aussi j’admire beaucoup madame de Maintenon. J’espère que vous trouverez bientôt du repos auprès de vos parents. En attendant, profitez de la vie même si elle n'est pas facile pour vous, car elle l’est encore moins pour d’autres, je pense. Pensez également à vos enfants qui vous aiment de tout leur cœur, j’en suis sûre. Vivez pour eux. Ils seront tristes le jour où vous les quitterez… Et le roi aussi, j’en suis persuadée, car même s’il a des favorites, il doit vous aimer quand même. Vous êtes avant tout la mère de ses enfants. Je vous embrasse, Kristina Chère Kristina, Ma santé ne va pas en s’améliorant, mes forces s’affaiblissent, mais je l’accepte. Je suis dans ma soixante-cinquième année, n’est-il pas normal qu’à mon âge j’aille rejoindre mon Créateur? Je n’aurais pas la force de vivre octogénaire comme mon père. Je suis fort lasse de cette vie, et j’ai grand hâte de rejoindre les miens dans l’autre, et que mes peines prennent fin. Je remercie Dieu qui m’épargne de trop grandes souffrances et me permet de vous répondre, chère Kristina. Vous évoquez une grande figure du règne passé, feue Madame la Marquise de Maintenon. C’est une femme que j’ai toujours beaucoup admirée et à laquelle je voudrais ressembler. De petite naissance, par sa douceur, sa patience, sa confiance en sa destinée, elle est parvenue à devenir l’épouse d’un Roi. N’est-ce pas là chose exceptionnelle et digne de louanges? Elle était une personne de mérite et d’une grande piété. Elle a réussi, par sa persévérance, à détourner feu Sa Majesté le Roi Louis XIV de sa vie de péché. J’aurais tant aimé, moi aussi, être capable de ramener mon époux vers la dévotion et vers le respect des commandements divins! Hélas, mes tentatives se sont toutes révélées infructueuses, et il ne me reste plus que la prière. Madame de Maintenon était très charitable et dévouée à secourir les malheureux. J’admire beaucoup sa grande œuvre qu’est Saint-Cyr. Je m’y rends régulièrement pour visiter les religieuses et les pensionnaires. Mon rêve, depuis des années, est de fonder comme elle un couvent pour y instruire des jeunes filles, à Versailles, près du château. Il n’accueillerait pas seulement des jeunes nobles désargentées, mais également des jeunes filles de moindre condition et des personnes âgées démunies. Hélas, j’ai longtemps manqué d’argent pour pouvoir le réaliser, perdant au jeu des sommes considérables sans pouvoir m’arrêter. L’héritage de mon père me permet aujourd’hui d’entreprendre la construction de ce bâtiment. Les travaux débutent lentement, et je crains fort de ne pouvoir contempler cet établissement achevé, peuplé des religieuses augustines et des pensionnaires… Au plaisir, Marie |
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