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Maria Leszczynska

Louise-Elisabeth de France

Très chère Marie,

J'apprécierais beaucoup que vous parliez un peu des relations que vous avez pu nouer avec votre petite-fille l'infante Isabelle qui est venue en France en 1748. Est-il exact que sa mère Louise-Elisabeth ne l'aimait guère car elle l'avait eue trop tôt (il est vrai que Madame Infante n'avait que quatorze ans quand elle est devenue mère)?

Pourquoi Louise-Elisabeth est-elle revenue si souvent à Versailles au lieu de rester à Parme avec son époux Philippe de Bourbon et ses enfants? J'ai pu lire qu'elle avait demandé en 1752 à venir vivre et mourir en France pour être enterrée près de sa soeur Anne-Henriette à Saint-Denis. Est-ce la seule raison de son retour en France? Votre fille disait aussi dans sa lettre à son père Louis XV qu'elle désirait faire ses prochaines couches en France. Il apparaît en effet, que Madame Infante portait alors un enfant mais beaucoup prétendent qu'elle avorta. J'ai été quelque peu surprise d'apprendre cela. Cette pratique est-elle devenue légale? Louise-Elisabeth a-t-elle vraiment avorté ou s'agit-il plutôt d'une fausse-couche?

Avec toute mon amitié,

Anaïs


Chère amie,

Je me souviens fort peu, en vérité, ma première petite-fille, l'infante Isabelle. C'était une enfant charmante, qui mourut hélas fort jeune. Madame Infante l'aimait beaucoup, bien que cette naissance fût en effet fort précoce. Mais notre chère Elisabeth ne pouvait en tenir rigueur à sa fille. Si les naissances de mes enfants ne furent pas si précoces, la venue au monde de Mesdames me causa du chagrin et de l'humiliation. Malgré cela, je n'en ai jamais voulu à mes filles.

Si Madame Infante revint si souvent en France, c'est qu'elle s'ennuyait affreusement auprès d'un époux médiocre et bon et dans un duché aussi restreint qu'est celui de Parme. Elle regrettait profondément la Cour de France et sa famille, en particulier Madame Henriette. Ses séjours à Versailles étaient prévus pour quelques semaines, mais Élisabeth repoussait sans cesse l'heure de la séparation, qui n'était qu'adieux déchirants. Ses espérances non concrétisées, comme celle du trône des Pays-Bas, la retenaient inexorablement à la cour.

Certes Madame Infante avait émis le souhait de reposer auprès de sa soeur bien-aimée, mais son devoir l'appelait à Parme. Sa maladie l'emporta si vite! Elle n'avait plus la force de lutter, pauvre enfant... Je ne crois point qu'elle fut enceinte une quatrième fois. Ses relations avec son mari s'étaient fort distendues, et la succession était assurée par la naissance de Don Ferdinand. Quand bien même elle l'aurait été, je n'en fus jamais informée.

Votre dévouée,

Marie