Damien Bertrand
écrit à

   


Maria Leszczynska

     
   

Louis-Auguste

    Votre Majesté,

Je suis passionné de l'histoire de France et je connais tout sur votre famille et vous. Je voudrais savoir comment vous considériez votre petit-fils Louis-Auguste, duc de Berry: l'aimiez-vous tendrement? Et la petite Élisabeth, que pensiez-vous d'elle? Pour finir, je voudrais savoir ce que vous pensiez de Marie-Antoinette d'Autriche, la future épouse de votre Louis-Auguste.

Affectueusement et tendrement, avec de hauts sentiments et un respect distingué,

Votre honorable et très dévoué
Damien Bertrand
Monsieur,

J'ai beaucoup d'affection pour le duc de Berry, Louis-Auguste, à présent dauphin. Cet enfant de treize ans, qui a connu bien des malheurs et qui va devoir succéder à mon époux, si Dieu le veut, m'émeut et me remplit de pitié. Le drame de la mort de son frère aîné, le petit duc de Bourgogne, est toujours présent dans nos coeurs. Il était si beau, si vif, si charmant, si précoce! Il était né pour régner, contrairement à Berry. Ce dernier a été très durement marqué par le trépas de son frère, auquel on le pria de tenir compagnie sur son lit de mort, afin de le distraire. Si Madame Adélaïde n'avait eu la présence d'esprit de lui faire quitter la chambre de l'agonisant avant l'instant fatal, je crois qu'il serait mort de chagrin.

Devenu l'aîné, Louis-Auguste suscita des comparaisons avec son frère mort qui lui étaient très défavorables. En effet, frappé par l'épreuve, lui était sombre, taciturne, farouche, sans éclat, apathique, et il l'est malheureusement resté. Il dut subir aussi la mort de son père, mon fils bien-aimé. A la mort de son premier fils, celui-ci réalisa à quel point Berry n'était pas à la hauteur de la tâche qui l'attendait, aussi le fit-il étudier sans relâche pour tenter de combler son retard. Les éducateurs dont il l'entoura étaient très compétents, mais trop rigides et étroits d'esprit, et ne travaillèrent qu'à replier davantage l'enfant sur lui-même. Pour finir d'achever son malheur, sa mère, la bonne Pépa, vient de mourir.

Élisabeth est encore très jeune, elle n'a que quatre ans. Elle est adorable, éveillée et amusante, et a la chance de ne pas avoir réalisé autant que le dauphin la perte qu'elle a faite, du fait de son jeune âge. Je m'occupe d'elle et lui prodigue ma tendresse autant que ma santé me le permet, la plaignant d'être privée de la meilleure des mères.

Vous évoquez en dernier lieu la jeune Marie-Antoinette, archiduchesse d'Autriche et fille de l'impératrice Marie-Thérèse. Il est vrai qu'on parle depuis 1764 de l'unir à Louis-Auguste, afin de sceller la paix avec l'Autriche. Pour l'instant le mariage n'est pas encore fait, l'alliance avec ce pays n'ayant pas bonne presse. Je ne connais pas la jeune personne dont vous me parlez, mais l'on affirme qu'elle a bien des grâces.

Au plaisir,

Marie