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Anaïs |
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Le remariage du Dauphin |
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| Chère
Marie, Est-il exact que la marquise de Pompadour fut pour beaucoup dans le remariage du dauphin Louis-Ferdinand avec la princesse de Saxe? Vous qui étiez contre cette union, comment avez-vous accueilli votre nouvelle bru? Je sais que votre fils était profondément attaché à sa première épouse. Parvint-il à aimer Marie-Josèphe comme il avait aimé Marie-Thérèse-Raphaëlle d’Espagne? Mes plus vives amitiés, Anaïs Anaïs, Je suis ravie, chère amie, de recevoir une lettre de vous. J'espère que vous vous portez bien. En effet, je puis vous dire que sans Madame de Pompadour, le remariage du Dauphin avec Marie-Josèphe ne se serait pas fait, ou du moins, pas aussi vite après son veuvage. Il était d'une importance capitale de lui trouver une nouvelle épouse, mais ce n'était pas chose aisée dans une Europe en guerre. Je souhaitais voir mon fils convoler avec la soeur de Marie-Thérèse-Raphaëlle, la fille cadette de Philippe V, nommée Marie-Antoinette. Cette princesse, du même âge que le Dauphin, me paraissait idéale, d'autant qu'il aurait paru inconvenant de froisser l'Espagne. Madame l'Infante de Madrid travaillait autant que possible à cette alliance. Mais le Roy avait gardé un mauvais souvenir de la défunte Dauphine, qui manifestait à son égard de la froideur et était ouvertement opposée à sa favorite. Il considéra d'un bon oeil la proposition que lui fit le maréchal de Saxe, qui était d'unir sa nièce Marie-Josèphe au Dauphin, rapprochant ainsi la Saxe de la France au détriment de l'Autriche. Je combattis de toutes mes forces ce mariage, car la promise était la fille d'Auguste III, l'usurpateur qui avait arraché le trône de Pologne à mon père! Le Roy hésita un peu, mais très vite le maréchal parvint à gagner Madame de Pompadour à sa cause. Il savait le crédit immense qu'elle avait acquis auprès de mon époux, aussi lui représenta-t-il que Marie-Josèphe, qui lui devrait tout, ne manquerait pas de servir ses intérêts, une fois mariée. La favorite intercéda pour elle, et elle gagna la partie. Je vis donc ces épousailles sans plaisir, mais la bonté de Marie-Josèphe me conduisit rapidement à lui porter beaucoup d'affection. Si elle ne s'opposa point à la marquise, elle ne la ménagea point vraiment non plus. Celle qu'on appela toujours Pépa me manifesta d'emblée beaucoup d'amitié. Nous partagions le goût du jeu et de la musique. Elle fit preuve d'attentions touchantes à mon égard. Au cours des divertissements qui suivirent le mariage, elle porta selon l'usage un bracelet serti d'un médaillon censé représenter son père. Par politesse, elle tentait de le dissimuler, ce qui me causa une gêne inexprimable. Pour cacher mon embarras, je lui demandai si elle portait l'effigie du roi son père à son poignet. «Oui, maman, voyez comme il est ressemblant», me répondit Pépa. Et elle me présenta le portrait, qui était celui de mon père! Je ne sais si mon fils parvint à aimer Marie-Josèphe autant que sa première épouse. Leurs caractères étaient différents, et lui-même ne fit pas beaucoup d'efforts au début. Heureusement, sa femme était éprise et parvint à se l'attacher, à force de douceur et de prévenances. Il eut du mal à oublier la défunte, mais Pépa s'ingénia à le consoler, et elle y réussit. De nombreux enfants vinrent bénir ce ménage, ce qui remplit les époux de félicité. Leur piété les unissait, et Pépa fit de son mieux pour apaiser les tensions familiales. Votre amie, Marie |
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