Athénaïs
écrit à

   


Maria Leszczynska

     
   

Le règne de votre mari

    Chère Reine,

Pensez-vous que si votre mari avait été plus efficace en politique, la France aurait quand même perdu la Nouvelle-France aux mains des Anglais?

Quelles sont les vraies raisons de cette perte selon vous?

Une Canadienne qui aurait aimé rester Française


Chère Madame,


Sans être parfait, le Roi mon époux n'est pas un mauvais souverain. Je l'aimerai et le respecterai jusqu'à la fin de ses jours. Il fait son possible pour diriger honorablement le royaume de France et agir pour le bien de ses sujets. Nous avons certes perdu nos colonies sur le continent américain, mais il serait injuste de lui en imputer l'entière responsabilité. Sachez qu'il n'est pas aisé de gouverner des territoires aussi lointains, surtout face aux Anglais dont la réputation de la Marine n'est plus à faire. L'âge d'or de notre flotte, au temps du défunt Roi, n'était alors plus qu'un souvenir. Notre armée n'a pas été capable de résister. Nos soldats se sont pourtant héroïquement défendus, notamment lors du siège de la ville de Québec en 1759, année ô combien terrible pour moi, puisqu'elle vit mourir ma fille Madame Infante.

La grandeur est de reconnaître la supériorité de son adversaire. Les Anglais étaient les plus forts; voilà la vraie raison de notre défaite. Je ne vais pas blâmer la politique du Roi ni de ses ministres dans la guerre. Telle était la volonté de Dieu, nous devons l'accepter. Les Français ont fait contre mauvaise fortune bon coeur, et je vous avoue que la perte de la Nouvelle-France est assez peu regrettée; comment être attaché à des terres qui nous rapportaient peu et que nous n'avions jamais vues de nos propres yeux? Choiseul affirme que nous n'en tirions que fort peu de gain, et Voltaire, qui avait été jadis mon ami, n'y voit que «quelques arpents de neige»... Je ne connais cette région que par ouï-dire, et je m'intéresse d'ailleurs assez peu à la politique, depuis ma malencontreuse intervention auprès du Roi au début de notre mariage. J'ai donc des difficultés à juger l'ampleur de la perte que nous avons faite.

Je vous donne le bonjour, chère amie du Canada. Vous me dites que vous regrettez que votre région n'appartienne plus au royaume de France.
Êtes-vous toujours sous le contrôle des Anglais? Avez-vous à vous plaindre de leur présence sur votre sol?

Au plaisir,

Marie,
Reine de France