Kristina
écrit à

   


Maria Leszczynska

     
   

Le célibat de vos filles

    Ma chère Reine,

Je suis bien contente de pouvoir vous écrire de nouveau.

J'aimerais comprendre plusieurs détails, au sujet de vos filles, qui m'échappent.

Pourquoi ont-elles décidé de toutes rester célibataires à part Madame Infante? Elles étaient pourtant jolies d'après les portraits que j'ai pu voir. Je suis sûre que bien des princes auraient voulu les épouser...

Je croyais également qu'il était obligatoire pour les princesses royales de se marier. Comment Louis a-t-il pris leur décision de rester célibataires?

Je vous embrasse,

Kristina


Chère Kristina,

Je suis moi-même très heureuse de recevoir une lettre de vous.

Mesdames, à l'exception de feu Madame Infante, sont effectivement toutes restées célibataires. Cette situation est rare pour des princesses de leur rang. Mais le Roi n'a jamais pris la décision de ne pas les marier. La raison de leur célibat est qu'il se trouvait fort peu de princes de même rang dont l'union aurait été avantageuse pour la couronne de France. Le mariage de Madame Infante fut une mésalliance, ce dont elle souffrit cruellement. Il n'y avait aucun parti sérieusement envisageable pour ses sœurs. Quelques projets furent émis, mais aucun ne prit vraiment forme.

Bien sûr, mes filles auraient fait de très bonnes épouses et se seraient toutes volontiers mariées, sauf Louise dont nul n'ignore la vocation religieuse. Elles étaient bien jolies en effet, et étaient courtisées par des princes. Feu Madame Henriette eût épousé le duc de Chartres, petit-fils du Régent, auquel elle plaisait beaucoup et réciproquement, si son père n'avait pas été contraint de s'y opposer. Le prince de Conti courtisa Madame Adélaïde, qui lui répondit favorablement, mais rien n'aboutit. Mes filles souffrirent de leur célibat, mais se plièrent à la volonté de Dieu.

À bientôt,

Marie


Merci pour cette réponse, Majesté,

Je dois cependant vous avouer que ces informations m'étonnent. J'étais persuadée que vos filles étaient heureuses d'être restées célibataires et pas qu'elles en souffraient!

À bientôt,

Kristina


 
 Kristina,
 
Hormis Madame Louise, je pense que mes filles eussent préféré être mariées. Elles ne voulaient certes pas d'une mésalliance comme celle que connut feu leur sœur Madame Infante, mais eussent volontiers fait le bonheur d'un époux, bien qu'elles ne s'en fussent jamais clairement ouvertes à moi. Sachez, ma chère Kristina, que la solitude est très pesante, ainsi que le sentiment que notre existence est dénuée de sens. Mesdames sont filles et n'auraient pu, hélas, s'épanouir que dans le mariage.
 
A présent, mes filles se sont résignées à leur situation. Elles sont maintenant trop âgées pour qu'il soit question de les marier. Elles se complaisent du quotidien, sans pour autant être vraiment heureuses...
 
Votre dévouée,
 
Marie