Anaïs
écrit à

   


Maria Leszczynska

     
   

La marquise de Pompadour

   

Chère Marie,
 
J'ai ouï dire qu'en 1752, avant de rejoindre Dieu, madame Henriette avait demandé au roi de cesser des scandales et de renvoyer la marquise de Pompadour. Est-ce exact? Le roi l'a-t-il fait?
 
Il paraît également que la marquise de Pompadour attendait cette année là un enfant du roi et que vos enfants ont voulu se venger de la favorite. Est-ce vrai?
 
Tolériez-vous davantage la marquise de Pompadour que Pauline de Vintimille et Marie-Anne de Chateauroux?
 
Mes amitiés,

Anaïs


Chère Anaïs,
 
La feue Madame Henriette n'approuvait certes pas le commerce du Roy avec Madame de Pompadour, mais jamais, à ma connaissance, elle ne se permit le moindre reproche à cet égard, même à l'agonie.
Croyez-moi, ma fille vécut et mourut comme une sainte, dans une totale résignation envers la conduite de son père. Elle cacha le mal dont elle souffrait le plus longtemps qu'elle put, afin de ne nous pas alarmer, et offrit pieusement ses souffrances à Dieu pour l'âme du Roy.

S'il pu y avoir des cabales contre la feue marquise, jamais Henriette n'en fut l'instigatrice. En revanche, c'est son trépas qui édifia et bouleversa tout le monde; le peuple ne manqua pas de voir, dans cette mort prématurée, un châtiment du Ciel. Un roi Très-Chrétien qui ne communiait plus, n'avait pas fait son jubilé et s'enfonçait chaque jour davantage dans le péché, était une véritable infamie. Plus que jamais on raillait Madame de Pompadour, responsable supposée des malheurs de l'État. Plus que jamais on la voulait voir renvoyée.
 
J'ignore si la marquise était enceinte en 1752. Quoi qu'il en soit, il me semble que ce fut vers cette période que l'on raconta qu'elle n'avait plus de rapports intimes avec le Roy, du fait de sa nature peu portée vers les plaisirs de Vénus. Le fait qu'elle fut grosse à ces moments-là ne me paraît guère probable. Qu'elle ne fut plus la maîtresse du Roy ne changeait rien pour mes enfants, car la marquise gardait toujours le même ascendant sur lui.
 
Je tolérais Madame de Pompadour mieux que mes enfants, et croyez bien que je ne les ai jamais montés contre elle, quoi qu'on en dise. Je me serais réjouie de ce qu'elle ne soit plus dans le lit du Roy, s'il n'y en avait pas d'autres. Si je la traitais comme une amie, jamais je ne l'ai regardée comme telle, mais je me résignais comme toute bonne épouse chrétienne doit le faire. Avais-je un autre choix? Je la supportais mieux que les soeurs de Nesle, car ces dernières étaient d'une arrogance affreuse et ne cherchaient pas même, contrairement à la marquise, à me ménager.
 
Votre dévouée,
 
Marie