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Flore
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Catherine de Russie |
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| Votre
Majesté, Je souhaiterais beaucoup connaître votre opinion sur Catherine de Russie. Cordialement, Flore Flore, Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer la souveraine dont vous me parlez. En revanche, j’étais assez bien informée par mes amis de la situation en Europe, et j’ai salué le courage dont Sa Majesté Catherine a fait preuve lors de sa prise de pouvoir, il y a quelques années. Son intrépidité et son audace viriles ne peuvent cependant faire oublier à la chrétienne que je suis ce qui se dit partout: que cette femme a fait assassiner son époux – qu’elle avait d’ailleurs abondamment trompé du vivant même de celui-ci –, menant une vie de dépravation tout à fait condamnable. De plus, en France, nous ne pouvons que voir d’un mauvais oeil l’inclination particulière qu’on lui prête pour les philosophes, qui attaquent notre monarchie. Au plaisir, Marie Votre Majesté, Je suis de votre avis en ce qui concerne le meurtre de Pierre III par Catherine de Russie. De plus, elle a tué le légitime héritier du trône de russie, Ivan VI. C'est un crime atroce. Néanmoins, je ne partage pas votre avis en ce qui concerne les amants de Catherine de Russie. Elle en a eu beaucoup, c'est vrai. Mais son premier amant, Sergueï Saltikov, fut chassé de la cour par ordre de l'impératrice Elizabeth. Ce dernier fut envoyé annoncer au roi de Suède la naissance de l'héritier du trône russe. Son second amant fut une relation très épanouissante pour elle. C'est encore l'impératrice Elizabeth qui le chassa de la cour lorsqu'éclata la guerre de sept ans. Son troisième amant, Grigori Orlov, fut d'après moi plus un soutien politique qu'un grand amour. Pour finir, il y a eu Grigori Potemkin. Elle a sincèrement aimé ses amants, ayant même épousé Potemkin. Lorsque Catherine de Russie entama une liaison avec Sergei Saltyov, Pierre III avait depuis longtemps une maîtresse, Elizabeth Vorontsova, la nièce du Vice-Chancelier et suivante de l'impératrice Elizabeth. De plus, Pierre III avait lui-même le privilège, s'il était mécontent de sa femme, de l'enfermer dans un couvent ou de la faire assassiner. Il s'apprêtait à l'enfermer dans un couvent avant d'être arrêté: il avait trahi son pays en fraternisant avec la Prusse. Il a humilié sa femme à plusieurs reprises. Par exemple, il s'amusait à lui faire peur avec un rat mort ou la mettait en sentinelle à la porte avec un mousquet. L'un comme l'autre ont eu une enfance extrêmement difficile. Je ne jugerai ni l'un ni l'autre. Je pensais la même chose que vous sur Catherine de Russie avant de voir un documentaire sur elle. Je me suis alors aperçue qu'elle n'était pas aussi monstrueuse que je le pensais. En ce qui concerne les philosophes, je pense que votre époux lui-même, influencé par madame de Pompadour, écoutait Voltaire. Cordialement, Flore Flore, Votre point de vue est tout à fait respectable. De plus, vous devez être plus à même de bien considérer ladite souveraine, puisque vous vivez après sa mort et que vous êtes bien renseignée à son sujet, ce qui n'est pas mon cas. Je passe sur les amants, mais en ce qui concerne les philosophes, sachez que mon époux n'a jamais approuvé Voltaire. Si feu Madame la Marquise de Pompadour avait effectivement acquis de l'influence sur lui, jamais elle n'a pu le convaincre de soutenir ses amis séditieux, faisant fi de l'opinion de l'Église. J'ai moi-même un temps fréquenté Voltaire, et je puis donc parler en connaissance de cause. J'étais alors une bien jeune reine, à peine mariée. Il était lui-même fort jeune, désargenté et bien peu connu, et sollicitait mon appui pour que l'on jouât quelques-unes de ses pièces de théâtre. J'ai donné mon accord et particulièrement apprécié une de ses tragédies, Mariamne. Voltaire s'était montré d'une obligeance et d'une politesse extrêmes envers moi. Mais, grâce à Dieu, je découvris bien vite son hypocrisie. Il fut définitivement perdu dans mon esprit par les propos qu'il tint un soir, lors de mon jeu. Il s'y trouvait avec sa maîtresse, Émilie du Châtelet, qui, à sa grande consternation, jouait et perdait des sommes considérables sans pouvoir s'arrêter. Ayant moi-même la passion du jeu, je ne saurais en reprocher quoi que ce soit à ladite dame. Mais Voltaire tempêtait contre elle et lui déclara, en anglais, que les courtisans avec lesquels elle jouait, qui comptaient parmi mes familiers, n'étaient que des fripons. Je ne parle pas l'anglais, mais on me traduisit bien vite les dires de celui qui avait d'ailleurs été nommé gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roy. Vous devinez quel fut mon dépit. Fort heureusement, Voltaire eut le bon goût de quitter Versailles dès le lendemain, avant de connaître l'humiliation d'être remercié. La parution de Zadig, oeuvre subversive à l'extrême, ne fut pas pour le réhabiliter. Vous comprenez donc, Flore au si beau prénom, que je ne puis approuver ceux qui soutiennent ouvertement les pensées de tels individus, à l'exemple de Catherine de Russie, qui peut cependant avoir de grandes qualités par ailleurs, comme d'avoir enduré un mari dont vous me peignez l'étrangeté. Votre dévouée, Marie Votre Majesté, Vous ne pouviez pas en savoir autant sur l'intimité de Catherine de Russie. Moi-même je la considérais comme un monstre avant de voir ce documentaire sur elle. Et je n'approuve pas qu'elle ait tué son premier mari, Pierre III, ni que ce soit le fils probable de son amant qui monte sur le trône. Je dis «probable» car Catherine de Russie avait tout juste entamé une liaison avec Sergei Saltikov quand elle tomba enceinte et accoucha de son premier fils, Paul Ier. Pierre III ne partageait que très peu son lit. De plus, la maîtresse du duc, Elizabeth Vorontzov, dite Vorontzova, n'a jamais eu d'enfant pendant des années de liaison avec lui. Approuvez-vous le fait que certains nobles, qui ne font rien et critiquent le roi, soient très fortunés et ne manquent de rien alors que de pauvres gens, qui se tuent à la tâche et servent avec loyauté le roi, n'aient pas une croûte de pain à se mettre sous la dent? Je ne comprends pas ce principe de votre époque. Je ne puis m'empêcher de considérer certains nobles comme des voleurs. Cordialement, Flore Flore, Bien évidemment, je n'approuve pas que certains nobles, fort mauvaises gens, soient très fortunés en vivant à la cour tout en critiquant le Roy, tandis que de pauvres gens, parfois tout près de Versailles, vivent dans la misère et qu'ils ne font rien pour les aider. Certains courtisans me révoltent, car ils semblent, à la messe, chrétiens zélés, alors qu'ils toisent avec mépris les indigents en guenilles que le hasard leur fait rencontrer. Cela est très regrettable, je vous l'accorde tout à fait. Mais notre société est ainsi faite, elle est injuste. Elle se maintient comme elle peut, mais jusqu'à quand? En effet, si tous les hommes sont égaux, certains mendient et d'autres vivent dans le luxe. Je ne conteste pas cette idée, bien que ce soient des philosophes athées et séditieux qui l'affirment aujourd'hui, car ils ne font que reprendre à leur compte une vérité que nous a enseignée Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce n'est pas pour cela que certains nobles sont plus voleurs que les autres: ils sont victimes de leur temps et de ce que nous les laissons trop faire. C'est injuste, mais au train où vont les choses, la situation risque de bien changer. En bien ou en mal? L'avenir nous le dira. Je suis née princesse, mais j'ai su ce que c'était que d'être pauvre. Je n'ai certes jamais travaillé, mais j'ai su ce que c'était que de vivre chichement. Même lorsqu'ils étaient ruinés, mes chers parents répandaient en aumônes le peu qu'il leur restait. Maintenant que je suis Reine, j'essaie d'être aussi charitable que possible, pour améliorer le quotidien des miséreux que je rencontre. Je voudrais avoir un grand coeur, pour soulager ce malheureux peuple de ma patrie d'adoption, mais hélas, c'est peine perdue, car bien des pauvres n'y pourraient trouver une place. Marie |
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