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Maria Leszczynska

     
   

Anna Leszczynska

   

Votre Majesté,

Vous avez déclaré dans l'une de vos missives que vous étiez fille unique. Pourtant, j'ai trouvé la trace d'une fille aînée qu'ont eue vos parents avant vous. Elle serait née en 1699 et se serait prénommée Anna Leszczynska. Votre aînée serait décédée à l'âge de dix-huit ans en 1717. Pouvez-vous me confirmer son existence? Est-ce parce que sa mort vous a causé beaucoup de chagrin, comme à votre mère, que vous n'en parlez jamais?

Respectueusement,

Anaïs


Madame,

Vous semblez bien informée sur un très douloureux épisode de ma vie. Vos contemporains ont dû découvrir qu'en effet, j'ai eu une soeur aînée, Anna, comme vous me le mandez. Vos m'obligez à vous reparler d'un des plus atroces événements de ma vie.

Sa mort, le 20 mars 1717, nous causa une douleur si vive, que j'avais résolu de ne plus en parler, d'oublier son existence, pour ne plus revenir sur ce qui a provoqué une peine inexprimable. J'ai bien cru, à cette époque, que ma mère allait mourir de chagrin. Mon père me suppliait de ne plus parler de ma soeur, ni à ma mère ni à quiconque. C'est pour cette raison que je me prétendais toujours fille unique. D'ailleurs, le Roy ignore l'existence d'Anna.

Notre vie avait déjà été si fertile en épisodes plus terribles les uns que les autres! Le renversement de mon père, nos fréquentes séparations, notre état financier déplorable, étaient autant de sujets de tristesse pour la jeune fille que j'étais, alors imaginez, la mort d'une soeur! Anna était très belle et je l'aimais et l'admirais beaucoup. Mais sa santé était chancelante et c'est avec de grandes difficultés qu'elle supportait les outrages de la fortune. Elle n'avait pas dix-huit ans, étant née le 25 mai 1699.

Aujourd'hui encore, je verse des larmes sur ce terrible malheur. C'est pourquoi je vous supplie humblement, Anaïs, de ne m'en plus parler.

Votre toute dévouée,

Marie Leszczynska


Très chère Marie,

Croyez bien que je n'ai nullement l'intention de blesser votre Majesté. M'intéressant de très près à votre famille et à vous-même, je voulais juste être sûre que je ne me trompais point sur ce fait. Je vous suis très reconnaissante pour la réponse que vous m'avez apportée. Je vous ai envoyé il y a quelque temps déjà une lettre sur votre petite-fille Marie-Thérèse, première fille de Dauphin Louis-Ferdinand. N'ayant pas encore reçu de réponse de votre part, je voudrais m'assurer que l'on vous l'a bien transmise.

Avec toute mon amitié,

Anaïs


Chère Anaïs,

Vous ne me trouvez nullement blessée par votre personne, seulement affligée de devoir revenir sur ce drame que j'ai longtemps préféré taire.

Au sujet de Marie-Thérèse, la fille aînée du feu Dauphin mon fils, sachez que la déception fut très vive à sa naissance, le 19 juillet 1746. Lorsque l'enfant est née, le Roy s'extasia maladroitement sur sa vigueur apparente, ce qui fit faire une fausse joie à tout le monde, lorsqu'on nous dit qu'il s'agissait d'une fille. Elle fut prénommée Marie-Thérèse, comme sa mère.

Je n'ai jamais vu mon fils si triste qu'au trépas de son épouse, le 22 du même mois. Ce fut un coup terrible pour lui. Lorsqu'il se remaria avec Marie-Josèphe, il ne pouvait s'empêcher d'évoquer devant elle le chagrin que lui causait sa perte. Mais il voyait peu sa fille, qui avait été confiée à Madame de Tallard. Sans doute lui rappelait-elle trop la mère de l'enfant. Marie-Josèphe ne s'en est jamais occupée. La présence de la petite fille passa inaperçue à la Cour, tant elle était jeune à sa mort en avril 1748. Mon fils ne manifesta guère de tristesse et la pauvre enfant fut vite oubliée, car il n'est pas d'usage de prendre le deuil pour les enfants morts jeunes.

À bientôt,

Marie