Josiane
écrit à

   


Maria Leszczynska

     
   

Alimentation

    Est-il vrai que vous partagiez, comme votre père, un certain intérêt pour la nourriture? J'ai lu que vous aimiez bien manger. Étiez-vous donc gourmande?

Josiane

Josiane,

Je suis particulièrement portée sur la bonne chère, comme vous l'avez remarqué. On peut croire que je me console ainsi de mes malheurs conjugaux, de mes deuils qui s'enchaînent. Ce n'est pas faux, mais j'ai toujours été gourmande. Ma santé a longtemps été excellente, et mes seules indispositions étaient liés à des excès de table. Je me souviens parfaitement, aux premiers mois de mon mariage, avoir avalé au cours d'un même repas près de deux cents huîtres. J'en fus si malade que l'on m'administra l'extrême-onction. On prit d'ailleurs les signes annonciateurs de mon premier accouchement pour des maux digestifs, dont je suis toujours sujette. Mes bombances répétées et mes nombreuses grossesses ne m'ont pas empêchée de rester très mince durant de nombreuses années, et mon embonpoint actuel est dû à mon âge déjà avancé.

Je dois en effet mon incurable gourmandise à l'auteur de mes jours. Lui-même mettait au point, depuis son château de Lunéville, de nombreuses recettes qu'il me faisait parvenir pour que je puisse en profiter à Versailles, voire les cuisiniers en personne, comme l'irremplacable Najac que ma mère prisait tant. Je raffole du gâteau que mon père élabora, le baba arrosé de vin de Tokay ou de rhum, ainsi que des petites bouchées farcies qu'il m'a dédiées. Il en était souvent question dans notre correspondance. Mangeant les mêmes plats que lui, je me rapprochais en esprit de mon cher papa qui me manquait tant...

Marie