|
Blanche-Renée
Matte |
||
|
|
||
| |
Votre château m'enchante |
|
| Blanche-Renée
Matte Princesse Blanche-Renée de Matte en Loire vous salue, Toute une année ou presque sans missive de vous, cher Duc! Vous n'êtes point à blâmer. Je me raconte sans vous troubler -j'ose espérer- car je connais votre grande sensibilité personnelle depuis ma petite enfance. Si je me souviens bien, vous ne l'avez jamais dévoilée pour ne pas vous faire arnaquer par tous vos sujets, courtisans et courtisanes. Une tournée musicale et honorifique plus que bénéfique a su me retenir loin de vos rocambolesques élucubrations. Mais je suis, dit-on, une princesse au coeur fidèle! Alors me revoici de plus belle sur le papier en toute liberté littéraire jamais vécue auparavant. Nous vivons en ces temps douteux de qui-mieux-mieux et de m'as-tu-vu dans le but d'épater la Galerie des Orties où mes oeuvres en aquarelle furent exposées il y a deux étés. Toutes les soirées littéraires et artistiques en peinture savent me rendre triste au plus haut point, vous le savez. Alors désormais, je sais les éviter pour mieux me regénérer dans les nombreux arts pour lesquels je suis faite. Tout comme votre plume, votre château m'enchante, cher Duc de la Rochefoucauld. Samedi dernier, en mars, le charmant et charmeur Duc De Mar... de Bretagne et «je», princesse Manouche du Blues acrostiche et du Rock sans fétichisme, sommes allés, dis-je, nous promener vers Bordeaux, puis La Rochelle et La RocheFoucaud en week-end. Votre château fut ainsi immortalisé en photo moderne numérique. Évidemment il m'a laissée songeuse face à votre appartement pricipal -ou plus précisément celui qui fut l'heureux témoin de votre sommeil entre deux fêtes ou têtes à claques! Car je présume, avec un sourire un peu jaloux, que ces dernières eurent entre toutes votre préférence libidinale en cadence, en latence... Oui, je suis jalouse! Et de grâce, Sire, ayez la classe d'accentuer vos bonnes manières et ne m'accablez plus de ces remarques que vous appelez «flatteries lorsque je griffonne ma pensée première sans trop songer au fil d'Ariane ou au glossaire protocolaire; cela me nuit en réputation -de salon- et m'ennuie lors de mes nuits au superlatif, et aussi lors de nos correspondances dont l'essentiel sait se lire en transparence pour des yeux en double iris et pupilles -un peu comme ces faucons maurons dorant parfois votre blason! Bien que ma jeunesse fière et insolente ne soit pas à son comble, vu mes trente-et-un ans non-révolus en cet an, j'ai tout de même vécu sans aucun chaperon à mes trousses (sans jeu de mots), les froufrous et les ombrelles belles sous quelques tonnelles ensoleillées et bordées de roses roses et de clématites rouges menant vers un sous-bois ou mes jupons furent étendus en guise de drap sur la verte mousse. Ma guêpière s'avère en permanence noire ainsi que mes jarretelles brodées de mes blanches mains avec des fils merisés mousseline violine très claire... Ma sensualité et ma musicalité innées se reflètent et émanent de toute mon âme enveloppée de dentelles et de velours vert émeraude. Je l'avoue, j'aime plus que tout plaire et charmer en faisant la cour à tous ceux dont l'âme est musicale aux pourtours, sans m'occuper des mégères et des compères autour jasant en culs de poules épiant mes gestes en pieds-de-nez marchant. Bien à vous, cher Duc, de vous lire Blanche-Renée de Matte en Loire Chère Troubadoure, Vous qui êtes à la fois Calliope, Érato, Euterpe, Melpomène, Polymnie et, qui sait, peut-être Thalie, Uranie, Clio et Terpsichore? Je suis flatté de votre offre, mais n'oubliez pas que je suis d'avis que le moindre défaut des femmes qui se sont abandonnées à faire l'amour, c'est de faire l'amour; que votre sévérité est un ajustement et un fard que vous ajoutez à votre beauté; que votre esprit vous sert plus souvent à fortifier votre folie que votre raison. Aussi, avant de me parler de désir et de jalousie, vous devriez tenir compte de tout cela. De toutes façons, les femmes croient souvent aimer alors que ce n'est pas le cas: L'occupation d'une intrigue, l'émotion d'esprit que donne la galanterie, la pente naturelle au plaisir d'être aimées et la peine de refuser les persuadent qu'elles ont de la passion lorsqu'elles n'ont que coquetterie. François, duc de La Rochefoucauld |
| |
|