Vos maximes
       
       
         
         

antoine.momot@wanadoo.fr

      De La Chastre en Berry, le 16 Février 2003.

Monsieur,

Je ne suis point de ceux qui envoient billets, lettres et missives, alarmés par la rumeur publicque. Celle-ci n'est pas encore parvenue dans notre humble contrée de Berry, à l'inverse de votre ouvrage de Maximes dont on fait grand cas à Paris. Les estudes que je mène dans une honorable institution que vous avez connue jadis tenue par les moines génovéfains, m'ont amené à considérer de plus près cette oeuvre dont l'originalité n'a cessé de me frapper. Vous avouerai-je que la question de votre dessein est sur toutes les lèvres de la jeunesse des écoles, et que la Sorbonne elle-même s'est mise en tête de statuer sur ce sujet brûlant?

Aussi vous saurais-je gré de bien vouloir répondre sans ambages à la question que les doctes se posent avec moi: avez-vous simplement consigné ces maximes au gré du hasard, ou bien obéissent-elles à un projet plus vaste de conseil au Prince, voire aux hommes en général?

Dans l'attente de votre réponse, je reste, Monsieur, votre dévoué serviteur,

Antoine Momot.

 

       
         

François de La Rochefoucauld

      Cher Sieur de Momot,

La question que vous me posez oppose le hasard au projet. Or, quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d'un grand dessein, mais des effets du hasard. Ajoutez à cela que quelque éclatante que soit une action (vous dites qu'on fait grand cas de mes Maximes à Paris), elle ne doit pas passer pour grande lorsqu'elle n'est pas l'effet d'un grand dessein. Qui plus est, il doit y avoir une certaine proportion entre les actions et les desseins si on veut tirer tous les effets qu'elles peuvent produire.

J'espère avoir répondu aux questions que vous vous posiez.

Sur ce, je vous souhaite bien le bonjour,

François, Duc de La Rochefoucauld