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arthur@megacom.net |
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Question de K-PAX |
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| Bonjour Duc! Je connais passablement l'opinion d'Henri Laborit sur le sujet de l'amour, par contre la vôtre me semble moins claire. En quoi diffère votre perception de celle de Laborit à ce sujet? Mais vous pouvez tout simplement me dire d'où provient votre idée que la nature humaine est méchante ou mauvaise fondamentalement. Jean-Jacques Rousseau prétendait le contraire, que le contact de la civilisation rendait l'humain mauvais alors que vous dites, vous, que le contact de la civilisation atténuait cette méchanceté viscérale. Laborit perçoit l'amour comme un processus biochimique et que notre système nerveux est passablement inconscient de ce qui se trame quand on est amoureux. Vous, vous dites que l'amour fait plus de tort que de bien. Quels auteurs vous plaisent ou desquels vous inspirez-vous pour façonner votre perception et conception de la vie? Votre formation, vos auteurs préférés et comment voyez-vous l'avenir de l'humanité? Vous prétendez-vous optimiste, pessimiste ou réaliste? Que pensez-vous de la religion catholique de votre époque? Merci de votre attention! Monsieur de la Pax Romana, ce Laborit, ce Rousseau, sont-ils vos contemporains? Ils ne sont, du moins, pas les miens et je ne les connais guère... Vous me posez plusieurs questions et employez des termes qui ne me sont pas familiers, mais je ferai de mon mieux pour vous répondre convenablement. À votre interrogation concernant mon positivisme ou mon négativisme, je vous avouerai que je suis mélancolique, et je le suis à un point tel que depuis trois ou quatre ans à peine m'a-t-on vu rire trois ou quatre fois. J'aurais pourtant, ce me semble, une mélancolie assez supportable et assez douce, si je n'en avais point d'autre que celle qui me vient de mon tempérament; mais il m'en vient tant d'ailleurs, et ce qui m'en vient me remplit de telle sorte l'imagination, et m'occupe si fort l'esprit, que la plupart du temps ou je rêve sans dire mot, ou je n'ai presque point d'attache à ce que je dis. Concernant les auteurs, j'aime la lecture en général; celle où se trouve quelque chose qui peut façonner l'esprit et fortifier l'âme est celle que j'aime le plus. Surtout, j'ai une extrême satisfaction à lire avec une personne d'esprit; car de cette sorte, on réfléchit à tout moment sur ce qu'on lit, et des réflexions que l'on fait il se forme une conversation la plus agréable du monde, et la plus utile. Je juge assez bien des ouvrages de vers et de prose que l'on me montre; mais j'en dis peut-être mon sentiment avec un peu trop de liberté. Ce qu'il y a encore de mal en moi, c'est que j'ai quelque fois une délicatesse trop scrupuleuse, et une critique trop sévère. Maintenant en ce qui a trait à l'amour: il en existe mille différentes copies et il y a bien des gens qui n'auraient jamais été amoureux s'ils n'en avaient jamais entendu parler. Si vous m'entreteniez davantage au sujet de ce que vous définissez comme un «processus biochimique dont notre système nerveux est passablement inconscient», je serais en mesure de mieux converser de ce propos. Quant à la méchanceté, la fin du bien est un mal; la fin du mal est un bien, certes, mais nul ne mérite d'être loué de bonté s'il n'a pas la force d'être méchant: toute bonté n'est le plus souvent qu'une paresse ou une impuissance de la volonté. Pour ce qui est de la religion, mon idée est que Dieu a permis, pour punir l'Homme du péché originel, qu'il se fît un dieu de son amour-propre pour en être tourmenté dans toutes les actions de sa vie. Inversement, l'humilité est l'autel sur lequel Dieu veut qu'on lui offre des sacrifices. Par contre, Il a mis des talents différents dans l'Homme comme il a planté de différents arbres dans la nature, en sorte que chaque talent de même que chaque arbre a ses propriétés et ses effets qui lui sont tout particuliers; de là vient que le poirier le meilleur du monde ne saurait porter les pommes les plus communes, et que le talent le plus excellent ne saurait produire les mêmes effets des talents les plus communs. Sachez que je demeure ouvert à la discussion: la conversation des honnêtes gens est un des plaisirs qui me touchent le plus. Il vous faudrait toutefois faire lumière sur certains thèmes que vous souhaitez aborder et dont la nature exacte me semble encore floue. Amitiés, François, Duc de La Rochefoucauld |
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