| Blanche-Renée Matte | ||
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| | Parbleu! | |
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Amoureux! Diantre! Vous ne l'avez jamais été, cher Duc de la Roche
Fougasse, tel que vous nommait Madame de Sévigné lorsqu'elle m'a, par
un soir de déprime, fait voir les quatre missives envoyées par vous à
elle. Je ne fus néanmoins pas vraiment surprise, mais déçue; et voilà
pourquoi je vous ai accusé de non-galanterie masculine. Voilà donc votre amour-propre bien mal en point. Mais il va sans dire, je suis juste en disant que vous avez aimé soit d'amitié, soit d'amour -soit les deux- votre charmante épouse, qui elle, ma foi, avait de quoi se régaler avec un maître-chanteur tel que vous, lors des bals et des rencontres littéraires... Avez-vous souvenance un brin, cher Duc, de cet automne pluvieux, il y a de cela sept ans... Je marchais dans les allées du jardin à Nohant nommé Vallée Noire dans le Berry; je chantonnais tranquillement près de ce ruisseau aux cent et une fleurs à l'arrière-plan, du château de madame Aurore... Enfin... George Sand, j'étais heureuse et gaie comme un pinson après la lecture de mes poèmes en création et voilà que votre arrivée impromptue avait failli me faire chavirer dans la rigole... Vous aviez enlacé ma taille et ,sans crier gare, un baiser sur les lèvres m'avez donné; et pas d'amitié, je vous le conjure, Sire. Je vous prie donc, si mon amitié vous désirez conserver, de cesser ces puériles accusations à mon égard, Duc François; car si un tantinet d'honnêteté se vautre en vous, alors vous saurez reconnaître que je fus et suis encore l'une de vos favorites pour causer de tout et plus encore à chaque fête où je sais être aussi discrète et sans arrière-pensée aucune. Respectueusement je vous salue en cette fin d'hiver un peu long sans vous, Princesse Blanche-Renée de Matte Chère Princesse des Échecs et Mat, Vous avez bien des fantaisies! Prenez garde de ne pas les confondre avec la réalité... Ce baiser, hélas! Ce n'était pas de moi, c'était mon double! Et Madame Sévigny fut bien indiscrète de vous faire voir sa correspondance! Décidément, les femmes ne savent pas garder un secret! Mis à part cela, auriez-vous la gentillesse de me dire qui est ce monsieur George Sand? François, duc de La Rochefoucauld Cher duc de la Rochefoucauld, La belle affaire, très cher duc de la Rochefoucauld! Votre double? Je ne suis pas dupe d'une déclaration aussi peu futée de votre part. Soyez dans l'assurance totale que madame de Sévigné n'y est pour rien et que vos correspondances me laissent totalement indifférente. Il existe un témoin important dans cette histoire véridique de baiser volé à mon insu, je le réitère. Et ledit témoin s'avère être Magdeleine de Souvré, marquise de Sablé, fille du marquis de Courtevaux ou Gilles de Souvré. C'était, non pas à Nohant dans la Vallée noire de l'Indre, au château d'Aurore Dupin que se passa cet incident farfelu; mais dans le jardin, près d'une fontaine aux trois angelots en marbre, peu après cette réception au salon or et bleu à la place Royale à Paris. Je vais vous faire tomber de bien haut tout juché que vous êtes sur votre piédestal vespéral puisque vous m'avouez ne pas connaître George Sand. Oui-da! Ce fut en effet un siècle après votre randonnée sur terre et je parie que votre supposé double -comme vous osez l'insinuer- est peut-être beaucoup plus avant-gardiste que vous. Ce fut, je l'avoue, un essai pour saisir à quel point culminant se trouve votre situation de pouvoir sur la gent féminine. Je comprends désormais que vous ne savez pas lire dans le temps à venir, et ce, nonobstant votre génie grandiose, (ce que je ne détiens nullement) mais halte-là, beau et frivole petit duc aux longs cheveux bruns bouclés! J'ai reçu (fait que vous ignoriez puisque vous êtes tant et tant imbu de votre unique personne), j'ai reçu, dis-je, dès ma naissance ce don de clairvoyance pour des années, voire des siècles à venir. Auriez-vous perdu la mémoire à ce point, duc François, au sujet de Magdeleine de Souvré: une beauté invraisemblable dans son essence chevaleresque à faire plier l'échine des beautés masculines de votre trempe? Cette superbe femme, ne l'oubliez surtout pas, a su propulser la mode des portraits et des maximes. Eh, oui, cher duc, des maximes, et une femme en plus. Sur ces mots je vous abandonne à vos réflexions nocturnes ou diurnes en vous remerciant d'avoir su par votre brève missive en titre m'inspirer pour une œuvre peinte à l'huile terminée ce jour même. Quoique, voyez: j'y ai apposé l'exactitude parce que mon nom sait me plaire, en y ajoutant un autre «t» et un «e»: échecs & Matte. Amicalement vôtre, Princesse Blanche-Renée de Matte Chère princesse, Vous êtes d'un entêtement très représentatif de votre sexe! Vous jouez aux échecs tandis que je joue aux dames. J'aime votre esprit, je vous l'assure, mais je vous saurais gré de bien vouloir cesser de m'accuser de vices que je ne possède pas, d'autant plus que je suis assez enclin à reconnaître ceux que j'ai. D'ailleurs, parlant d'esprit, j'ai dit, et je maintiens, que je préfère celui des femmes à celui des hommes. Je le trouve mieux tourné. Alors il vous faudrait arrêter de voir en moi un ennemi du beau sexe: je suis bien aise qu'une femme se plaise à deviser! François, duc de La Rochefoucauld Bien cher duc, Je lis à l'instant votre trop brève -quoiqu'ambiguë- missive datant déjà de deux mois. Ayant emménagé depuis plus de trois mois déjà en Italie, j'avais reçu alors, par l'intermédiaire du baron Pascal de Sosthènes, ce long papier bleu poudre (pour griffonner si peu de mots, quelle dérision absurde!) quelque peu froissé, à l'effigie de votre idéologie et de vos idées préconçues parfois. Et voilà en somme ce qui m'ennuie le plus dans votre personnalité, j'ose le dire, nonobstant toutes vos élucubrations littéraires ou artistiques connues et admirées de tous -ou plutôt surtout de la gent féminine dont je sais que la compagnie constante aura toujours votre diantre de préférence. Mais attention, dom Juan: ceci ne signifie pas pour autant que vous connaissez vraiment les femmes et leur moi profond. En effet, cher duc, je vais cesser de vous écrire puisque nos relations de correspondance deviennent si fades qu'elles en sont désopilantes. Ma nouvelle vie -c'est-à-dire ma dolce vita en Italie- ainsi que mes nouveaux prétendants troubadours, m'incitent à rompre toute correspondance ou fréquentation négative intrinsèquement. Je jouis ici d'un soleil et d'une douceur de température jamais connus auparavant; cet extrême bonheur me donne ainsi le courage de faire le tri face aux connaissances antérieures de ma vie de princesse désormais adulte, donc en mesure de décider de mes fréquentations ou de mes correspondances futures. Bref, monsieur le duc, je vous demande sérieusement de ne plus m'écrire car j'ai donné des ordres à toutes mes bonnes gens de confiance: une interdiction formelle de recevoir tout feuillet, plis ou colifichet venant de vous. Désormais vous êtes exclu de ma vie mondaine amicale. J'espère que vous saurez capter cette âme qui est la mienne lorsqu'elle dit non. L'amitié parfois ressemble à l'amour et pour les conserver sans faille aucune, le facteur «on se dit tout sans susceptibilité» s'avère nécessaire. Votre susceptibilité, vous le devinez bien, beau duc, vous a fait perdre une amie, un point c'est tout. Adieu sans retour, monsieur le duc! D'une amie d'antan, Princesse Blanche-Renée de Matte |
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