Mes hommages à votre acuité et à votre esprit critique |
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| M. De La Rochefoucauld, C'est en écrivant ma toute première chronique dans le journal Voir dernièrement que j'ai cru comprendre que vous aviez envahi, par l'esprit bien entendu, le corps d'une jeune femme qui, à ma plus grande surprise, rappelait les «écarts» de conduite du sage de Sinope dont je croyais être le seul capable à Québec de remémorer les exploits. Qu'il en soit ainsi! À vrai dire, je n'ai pas de questions en tête pour l'instant, mais sachez que j'ai eu beaucoup de plaisirs à lire vos maximes. Passionné de philosophie, mais aigri par l'expérience de l'enseignement au collégial, j'ai décidé de faire de la philosophie l'objet de mon oisiveté au sens où l'entendait le stoïcien Sénèque. Court détour pour vous dire qu'à bien des reprises j'ai trouvé que vos maximes présentaient le visage de l'être humain sous un jour peu enviable, surtout lorsqu'il était question de vertu. Comme le disait d'ailleurs Bossuet: «Entre toutes les passions de l'esprit humain, l'une des plus violentes, c'est le désir de savoir...», je crois que vous étiez animé du même feu sacré et que sans votre esprit aiguisé, peut-être qu'un Nietzsche qui lisait admirablement bien le français, n'aurait pu poursuivre dans la même voie de déconstruction et de démystification des vertus. Merci pour votre sagesse qui, à bien des égards, a su me rendre aussi fou...que sage! Un admirateur de votre pensée, Amicalement! Stéphane Delisle Rédacteur en herbe dans le Voir de Québec |
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| Monsieur le Duc De L'Île, Merci pour tous ces bons compliments, mais comme je me plais à le répéter: il est plus facile d'être sage pour les autres que pour soi-même. Par ailleurs, ne serait-ce pas plutôt par l'estime de vos propres sentiments que vous exagérez mes bonnes qualités, plutôt que par l'estime de leur mérite? On ne loue jamais sans intérêt. Et même que d'ordinaire, on ne loue que pour être loué. Quoi qu'il en soit, j'accepte néanmoins vos fleurs avec bonne grâce, car le refus de louanges est un désir d'être loué deux fois. Et je vous remercie une deuxième fois pour le service que vous me rendez, car le désir de mériter les louanges qu'on nous donne fortifie notre vertu; et celles que l'on donne à l'esprit et à la valeur contribuent à les augmenter. Amicalement, François, Duc de La Rochefoucauld |
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| Cher M. de la Rochefoucauld, Je commençais un peu à désespérer de ne point recevoir de vos nouvelles. Sachez que ce fut un immense plaisir de vous lire où j'ai pu reconnaître, une fois de plus, votre esprit subtil et votre plume incisive. Effectivement, votre analyse des sentiments m'apparaît juste, mais difficile à digérer: il n'est jamais agréable de se faire rappeler que notre amour-propre est le terreau où s'enracinent la plupart de nos vertus. Quoi qu'il en soit, un peu de lucidité ne fait jamais de mal à un homme qui désire continuellement s'améliorer. Merci encore une fois pour votre sincère et vibrant témoignage à mon égard, Amicalement, S. Delisle |
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| Monsieur Delisle, Je dois dire que vos hommages m'ont paru fort pertinents, car je ne trouve guère de gens de bon sens, que ceux qui sont de mon avis. D'autre part, vos bons mots ne m'ont toutefois pas surpris, puisque quelque bien qu'on me dise de moi, on ne m'apprend rien de nouveau. Quant au délai que j'ai mis à vous répondre, le fait que vous me le reprochiez m'incite à vous répondre à la blague que l'absence diminue les médiocres passions, et augmente les grandes, comme le vent éteint les bougie et allume le feu. Je sais que vous ne me reprocherez pas mon humeur plaisantine. J'ai bien vu que vous étiez vous aussi d'avis que qui n'est jamais fou n'est pas si sage qu'il le croit. Amitiés, François, Duc de La Rochefoucauld |