Mademoiselle de Hautefort |
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| Monsieur le Duc, Certaines mauvaises langues -il y en a toujours- affirment que la Duchesse de Longueville ne vous fut rien, comparée à Mademoiselle de Hautefort, et que cette dernière ne vous aurait pas cédé que par amour pour sa grande compagne de vie la Duchesse de Chevreuse... Pourriez-vous remettre nos pendules à l'heure sur ces questions délicates? |
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| Cher Sieur de Laurendeau, Ah! La duchesse de Longueville! Pour mériter son coeur, pour plaire à ses beaux yeux, j'ai fait la guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux! Toutefois, vous qui êtes si bien renseigné n'êtes sans doute pas sans savoir aussi que la duchesse de Longueville me fut infidèle. Aussi crois-je fermement que les infidélités devraient éteindre l'amour, et qu'il ne faudrait point être jaloux quand on a sujet de l'être. Il n'y a que les personnes qui évitent de donner de la jalousie qui soient dignes qu'on en ait pour elles. D'un autre côté, pouvais-je lui en vouloir? La violence qu'on se fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime ne vaut guère mieux qu'une infidélité. Et puis, l'amour est une image de notre vie: l'un et l'autre sont sujets aux mêmes révolutions et aux mêmes changements. D'ailleurs, ceux qui ont voulu nous représenter l'amour et ses caprices l'ont comparé en tant de sortes à la mer qu'il est malaisé de rien ajouter à ce qu'ils en ont dit. J'en ai donc pris mon parti et suis rentré dans les rangs. Quant aux mauvaises langues, je leur propose un marché: de renoncer au bien qu'elles disent de moi, à condition de n'en dire point de mal. Sur ce, je vous souhaite bien le bonjour! François, Duc de Larochefoucauld |