Princesse de Matte
écrit à



François de La Rochefoucauld






L'amélioration



Bonsoir cher duc,

La dernière ou plus récente de vos nombreuses missives causait de votre «amélioration»… Voilà la plus étonnante dénonciation face à vos défauts de caractère, que je considère comme pas vraiment graves, c’est-à-dire sans gravité aucune puisque tout être humain possède des déficiences et aussi des défauts de caractère visant à nous améliorer lorsque notre insatisfaction devient flagrante.

Il y a quelques semaines, j’ai voyagé au Maroc par affaire culturelle et depuis ce temps je vous assure que mes vues sur les personnes ont essentiellement changé d’optique ou de façon de percevoir les mortels que nous sommes tous. Si nous pouvions sans exception mieux nous capter en tant qu’individus aux disparates personnalités, nos vies pourraient s’avérer moins tristes.

Sauriez-vous, cher duc, étant donné vos nombreuses améliorations intrinsèques, causer moins pompeusement avec la femme que je suis depuis quelques pleines lunes avec vous.

À bientôt, au plaisir de vous lire,

Princesse Blanche-Renée de Matte



Cornegidouille!


Quelle est donc votre question?

Cher duc de La Rochefoucault,

Saperlipopette! Vous me faites jurer, ma parole… Et je cite la question écrite lors de cette missive incomprise de vous: «Sauriez-vous, cher duc, étant donné vos nombreuses améliorations intrinsèques, causer moins pompeusement avec la femme que je suis depuis quelques pleines lunes avec vous.» D’accord, en relisant cette satanée question, il me semble que le tout soit quelque peu ambigu, donc je reformule sans honte ou culpabilité aucune ladite question: si vos améliorations s’avèrent nombreuses comme vous savez l’écrire, pourquoi continuer de causer avec moi d’une façon aussi pompeuse ou snobinarde. Je suis étonnée de votre façon cavalière de m’écrire puisque vous me connaissez comme une sœur depuis plusieurs pleines lunes déjà. Voilà reformulée de façon explicite la fameuse question redoutée par vous, si j’ose m’exprimer ainsi. Au risque de vous frustrer davantage, je termine pour ce soir ce dialogue, ou plutôt monologue, car vous semblez depuis quelques mois vivre un tantinet sur une planète très différente de la mienne qui est des plus artistiques.

Veuillez recevoir, cher duc de La Rochefoucault, l’assurance de mes compétences Dialogus les plus attentives, en espérant que d’ici peu votre compréhension féminine sera à la hauteur de votre ou vos améliorations masculines. Au fait, je me permets d’emblée une question seconde, que je vous pose illico: est-ce que la galanterie masculine existe encore? Enfin, pour vous?

Bien en douceur,
Princesse de Matte


Princesse Matte,

Il siérait en effet que vous apprissiez à poser vos questions sur un mode interrogatif et non pas impératif.

Quant au reste de votre missive, j'y serais attentif si votre dessein était celui de me faire voir mes défauts, mais puisque vous en cherchez qui ne sont pas miens, vous m'accusez à tort et ce serait futilité que d'y répondre.

Concernant la galanterie, qui est on ne peut plus éloignée de l'amour, je vous saurais gré d'avoir l'obligeance de me démontrer en quoi j'y ai manqué.

François, duc de La Rochefoucauld