Blanche-Renée Matte
écrit à



François de La Rochefoucauld






Invincible vous!



Cher Duc,

Que oui! Diantre! Je suis parfois -voire souvent- Thalie, Muse de la comédie et aussi ce que bon vous semble. J'ose vous avouer que je me contre-fiche royalement du «qu'en-dira-t-on» et vous le savez bien d'ailleurs!

Votre joyeuse -et paranormale- perspicacité m'enchante autant que votre château et me donne la chair de poule, quoique m'abandonner comme vous dites «à faire l'amour» me semble un peu rustre venant de vous dont la galanterie masculine parfois déguisée sait plaire à tant de femmes!

J'en suis fort aise. Je sais (et saurai pour un bail) respecter votre opinion sans l'approuver à cent pour cent. Vous n'avez point tous les torts en ce qui concerne ma «folie», et je compte demeurer ainsi puisque cette qualité salvatrice innée est pour moi un palliatif beaucoup plus salvateur que certaines évasions multiples dont je tairai ici la nomenclature. Oui, dis-je, j'accepte la femme que je suis sans culpabilité aucune: les choses trop raisonnables me semblent tellement misérables en cette terre parfois triste où l'artistique point est inexistant! En ce qui concerne le «fard», alors il y a réciprocité puisque, si vous avez bonne souvenance, il y a de cela deux hivers, à la seconde lune de cette saison -que je trouve à chaque année interminable- vous aviez fait une «offre» (le mot est abject mais je le cite puisqu'écrit par vous) similaire à celle que je fus et que je suis et serai toujours; celle qui savait vous plaire à cette époque pas si lointaine pourtant...

Pour ce qui est de la «libido» alors pourquoi n'en pas causer? Est-ce une tare? Ceci s'avère tout à fait naturel, autant pour la gent masculine que féminine. Pour ce qui est du mot  «jalousie», j'avoue qu'il y a eu lapsus littéraire de ma part; le mot envie serait préférable. Puisque vous prétendez me connaître intrinsèquement, alors, comment n'avez-vous point ressenti que le mot «jalousie»  était pour moi une ironique façon de nous amuser comme à l'accoutumée? Connaissant désormais votre mauvaise foi pour ce qui me concerne, vous ne sauriez me croire, alors, tant pis! Bien sûr vous êtes le maître de vos pensées et moi de même.

Voilà que je vous reconnais à nouveau lorsque vous écrivez les mots «amour» ou «passion». Vous dévoilez ainsi votre véritable nature parfois blindée; vu l'ampleur de vos multiples peurs dont vous êtes un tantinet prisonnier... Cher duc invincible, avez-vous déjà aimé sans constamment penser que l'on essaie de vous arnaquer? Pour ma part, sans nul doute, oui, je sais le faire, nonobstant les déceptions qui peuvent survenir.

Personne n'est parfait, même vous! En l'occurence la vie parfois peut s'avérer courte; alors, autant la savourer sans faire des montagnes avec des grains de sable.

Blanche-Renée, princesse de Matte


Chère princesse,

Que saurais-je donc si bien de vous que je ne connais qu'à travers Dialogus? Ainsi donc, vous vous identifieriez davantage à Thalie qu'à toute autre? Muse de la comédie, prenez garde: à force de se déguiser auprès des autres, on finit par se déguiser auprès de soi-même!

Si j'aime sans me défier de l'arnaque? Bonne question. Disons que j'ai su tirer leçon des fabliaux de maître Esope et que je me méfie surtout de l'amour-propre, qui est ô combien présent dans ce que vous nommez «amour»!

La vie est courte et il faut la savourer? Concept intéressant, mais je vous rappelle que même Épicure était d'avis que tout plaisir était, par définition, un bien, mais que tout bien ne devait pas nécessairement être recherché. À contrario, un mal ne doit pas nécessairement être évité.

Je ne suis pas parfait, certes, je vous le concède. Je suis d'ailleurs le premier à dire qu'il est plus aisé d'être sage pour les autres que pour soi-même. Mais ma quête est celle d'un honnête homme: mon aspiration principale étant celle de m'améliorer sans cesse.

Au plaisir,

François, duc de La Rochefoucauld