|
michel_allard@videotron.ca |
||
|
D'un Ancêtre à un Ancêtre... |
||
| Bonjour Monsieur Rochefoucauld! Ma famille, établie au Canada depuis bientôt quatre siècles a toujours transmis, d'aîné en aîné, au fil des générations un vieux grimoire écrit par notre Ancêtre, François, comme vous. Patriarche actuel de ma grande famille, j'ai l'honneur et le privilège de conserver cette relique pour la transmettre au plus méritoire de mes petits-fils. Quand j'appris, Ô miracle de cet 'Internet', qu'on pouvait communiquer avec un Contemporain de mon Ancêtre François, j'ai pensé vous transmettre copie de la lettre que nous chérissons dans notre famille depuis 14 générations de Libres-Penseurs, Michel Allard Trois-Pistoles Canada Voici cette lettre: Écrit en Ville-Marie de Nouvelle-France le 16 octobre 1677 À mes enfants et à leur descendance pour les siècles des siècles, jusqu'à la fin des temps. Recevez l'amour d'un père qui vous souhaite de vivre à l'abri des fers, des Tyrans, des Rois, des Curés, des Percepteurs, des guerres et des marchands qui infestent les Royaumes créés par les hommes. J'ai quitté la vieille Europe, en crachant sur les rives de la France, exploitée par les crapules au Sang Bleu. Ni le Roi, ni aucun Prince, ni personne de ce Clergé adorateur du Veau d'Or ne respecte plus le message Chrétien d'égalité et de Fraternité universelle. J'ai quitté une Société sans liberté, censurée, où triomphe l'Inquisition et les Jésuites et où les gens meurent de faim dans l'indifférence des Puissants. J'ai trouvé en Canada cette LIBERTÉ. Un continent vierge de toute entrave. J'ai parcouru des milliers de lieues, à pied, en canot et même porté par les glaces dérivantes. J'ai découvert des horizons sans limites, exempts des odeurs putrides de cette civilisation décadente, des forêts de chênes millénaires, du gibier aussi abondant qu'au Paradis d'Adam, et toutes les femmes qu'un homme pourrait souhaiter comme compagnes. J'ai fondé six familles, en autant de villages, des Trois-Rivières jusqu'aux Grands Lacs au-delà des Outaouais. J'ai engendré trente-deux Allard, tous coureurs des bois ou mère de familles nombreuses. Et toute ma descendance exècre la Civilisation des Blancs esclaves des Barons au Sang Bleu, des Missionnaires et de leurs maladies. Je souhaite et j'espère que mes enfants et leurs enfants prospèrent à jamais hors de portée de ces rapaces royaux et de toute la clique de pisses-bleu qui disent posséder la Terre au nom de Dieu! Fuyez et combattez ce Mal qui a réduit les hommes à vivre des miettes des Puissants. Conservez à jamais cet amour de la Liberté qui coule dans nos veines, Votre père qui vous aimera toute l'Éternité, François Allar dicté au Notaire Médéric Villiers, ce 16 octobre 1677 de l'an de grâce de Notre Seigneur Monsieur, Je vous suis bien reconnaissant de me transmettre la correspondance de votre ancêtre et s'il vous est possible d'aussi lui transmettre, par le biais de Dialogus, ma réponse que voici, je vous en saurai gré. Votre souhait, Monsieur Allar, que votre descendance vive à l'abri des tyrans est bien irréaliste, car tout homme serait tyran si la fortune le lui permettait, étant donné que l'amour-propre rend les hommes idolâtres d'eux-mêmes. Je ne doute pas un instant que la Nouvelle-France verra aussi défiler son lot de tyrans, ce n'est qu'une question de temps. Quant aux titres de noblesse que vous décriez, je vous avouerai que même si je suis Duc, j'ai bien noté que les rois font des hommes comme des pièces de monnaie; ils les font valoir ce qu'ils veulent, et l'on est forcé de les recevoir selon leur cours, et non pas selon leur véritable prix. Quelque vaillant que puisse être un roi, quelque savant et agréable qu'il puisse être, il trouvera un nombre infini de gens qui auront ces mêmes qualités aussi avantageusement que lui, et le désir de les surpasser paraîtra toujours faux, et souvent même il lui sera impossible de réussir; mais s'il s'attache à ses devoirs véritables, s'il est magnanime, s'il est grand capitaine et grand politique, s'il est juste clément et libéral, s'il soulage ses sujets, s'il aime la gloire et le repos de son État, il ne trouvera que des rois à vaincre dans une si noble carrière; il n'y aura rien que de vrai et de grand dans un si juste dessein, le désir d'y surpasser les autres n'aura rien de faux. Cette émulation est digne d'un roi, et c'est la véritable gloire où il doit prétendre. Concernant la justice, sachez que l'amour de celle-ci n'est, en la plupart des hommes, que la crainte de souffrir d'injustice. En souhaitant que votre déception ne soit pas trop amère, je vous souhaite bien le bonjour. François, Duc de La Rochefoucauld |
|
|