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Cher Gaston Lagaffe,
Tu me permets de t'appeler Gaston? Chez moi, c'est comme ça.
Gaston, il m'est arrivé un truc, un vrai truc et je veux t'en parler parce que je crois que tu vas pouvoir:
1. te marrer
2. me comprendre
3. m'éclairer
Gaston,
je crois que j'ai trouvé ta maison, ta bicoque en bois à toi. C'est
vrai qu'elle est bien planquée et qu'il fallait des fadas comme nous
pour la trouver chouette! Au début, on n'a pas saisi l'ampleur de la
chose. On a croisé une maison glaciale un matin de février. Le 12
février, je peux te le certifier, car le 10 il avait fait moins dix
dehors!
Bon, c'était la première visite. La deuxième et la
troisième fois on a commencé à piger que la proprio nous racontait des
craques. Qu'elle n'avait jamais habité cette bicoque. Elle nous
baratinait.
Cette bicoque, Gaston, c'est toi qui l’as quittée en
2004 et personne n'y a vécu depuis. On a retrouvé les papiers, signés.
Et surtout c'est en voulant changer la bouteille de gaz qu'on a su que
c'était toi qui avais bricolé cette baraque. C'est toi qui as installé
les plaques de cuisson, n'est ce pas? Puis tu as recouvert toute la
cuisine de meubles, de placards, tu as tout bouclé. Tu avais fait un
trou dans le mur pour le passage du tuyau de gaz. Juste à côté de la
chaudière à mazout. Gaz et mazout, ça flambe mieux, hein? Puis tu as
bloqué toutes les issues, tous les murs et tous les trous avec l'armada
des placards de la cuisine. C'est bien beau tout ça. Seulement voilà, il
faut engouffrer la tête sous l'évier jusqu'au torse, le cou rasant une
planche au fond du mur puis partir d'un bras dans les profondeurs
noires, à tâtons, cherchant l'embout de gaz, introuvable. On risque
l'asphyxie, on se prend la tête, on se dit «quel est le cinglé qui a
installé ça?».
Et nous ne sommes qu'au rez-de-chaussée! À
l'étage, Gaston, tu as cloué des grosses planches au mur. Comme ça,
vlan, avec des clous dans tes dents. Pas de cadrage en tasseaux dessous,
à peine trois planches à l'horizontale et toi tu y es allé de tout ton
cœur avec tes planches de récupération, lourdes et épaisses. Oui, c'est
bien beau tout ça. Mais ça gondole mon vieil ami, c'est «gondolo», ton
boulot aujourd'hui. Le temps, Gaston, le temps tu sais bien...
Je
ne veux pas te parler du reste. De la gouttière qui se décompose en
trois morceaux autour de la terrasse-cabane. Ni du portail bleu, ami,
non, du portail bleu je ne dis rien.
Alors, oui, quand on se
recule un peu, quand on se tâte le menton, en regardant cette bicoque,
on se dit que c'est bien là que tu as vécu et je voudrais te demander de
revenir nous montrer comment changer le tuyau du gaz et quoi faire avec
les planches qui gondolent. Rien que ça, déjà, s'il te plaît. Ensuite
on pourra glander ferme, avec un jus pressé, dehors, sur la terrasse. Tu
viens quand l'ami, tu viens comment?
Signé: une mouette, un merle, deux idiots, quatre chats et un lézard chanteur
Salut l'ami!
Oh, cette baraque! Je n'y pensais plus! J'ai dû
la quitter en catastrophe, un soir, après m'être endormi dans la
baignoire... Je me suis retrouvé dans une coque de plâtre. Heureusement
que Jules a pu venir me chercher! Du coup, je n'ai pas eu le temps de
terminer tous les travaux. Un peu effrayé peut-être par tout ce qui
restait à faire...
Pour la cuisine, je suis d'abord monté tous
les meubles mais je me suis vite aperçu que j'avais oublié l'arrivée du
gaz! Donc, je suis passé par la pièce où il y avait la chaudière pour
mettre la bouteille de gaz et faire le trou pour le tuyau... Sauf que
j'ai dû faire plusieurs trous parce que je ne trouvais pas le bon
emplacement pour le faire passer. Le mieux serait sûrement de tout
refaire! Les planches à l'étage étaient destinées à faire des étagères
mais je n'ai pas non plus terminé!
Par contre, la gouttière était
presque neuve quand je suis parti. Je ne sais pas ce qui l'a abîmée. Et
que reproches-tu à mon joli portail bleu? Je l'ai peint de la couleur
préférée de m'oiselle Jeanne! Au tout petit pinceau pour que ce soit
plus joli! Il a quoi mon portail, hein? Il a quoi?
Je ne pourrai
malheureusement pas venir t'aider avant un bon moment car je suis super
occupé mais tiens-moi au courant de l'avancée des travaux!
À bientôt,
Gaston |