Les Romorantines
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Gaston Lagaffe

     
   

Le petit Gaston

    Nous sortons d'un cours de maths et nous sommes sur les genoux. Nous avons une professeure qui nous terrorise et, comme la fin de l'année approche, elle redouble d'exigences. «N'espérez pas vous reposer, Mesdemoiselles, nous a-t-elle dit: je sais bien que pendant les vacances vous oublierez la moitié de ce que je vous ai appris, c'est pourquoi je veux vous faire entrer dans la tête le double de ce qui est nécessaire. Sinon ma collègue qui héritera de vous va encore se plaindre que vous n'avez rien fait avec moi. Si vous n'avez pas la volonté de travailler, je l'ai pour vous et croyez bien que ce n'est pas moi qui plierai!»

Évidemment nous obéissons: on ne cultive pas la rébellion ici et tout vaut mieux que de se retrouver chez la proviseure. Mais nous nous demandons parfois comment cette madame Chamignard se serait débrouillée si elle t'avait eu dans sa classe; entre une force de caractère et une force d'inertie aussi considérables l'une que l'autre, il serait intéressant de savoir qui l'aurait emporté. Alors nous nous sommes dit: «Au fond, il existe une série consacrée au petit Spirou, pourquoi n'y en aurait-il pas une autre où on retrouverait le petit Gaston?» Nous sommes sûres qu'elle aurait encore plus de succès: comment es-tu arrivé à passer à travers ces années d'école, de collège et de lycée sans y laisser ta santé mentale, mais en envoyant sans doute en maison de repos les professeurs qui ont tenté de changer tes douces habitudes?

Interviens vite auprès des éditeurs: nous voulons pouvoir lire les albums en cachette quand les cours seront trop ennuyeux.

Mille bisous de tes admiratrices

Les Romorantines

Catherine, Claire, Évita, Florence, Lina, Mia, Nicole et Violette



Chères Romorantines, autant que vous êtes,

Je compatis, je compatis bien sincèrement et vous envoie des brassées d'encouragements...

Sûr que si j'avais eu une Madame Chamignard au bout de la baguette en bois qui me tapait les doigts, je lui en aurais fait voir de toutes les couleurs (de l'indigo au carmin, en passant par le bleu vendéen et le vert herbe tendre). Car, dès l'école maternelle, j'ai mis au point la belle stratégie indolente qui caractérise mon travail chez Dupuis. M'enfin, même à trois ans il ne fallait pas interrompre mes siestes! Sinon ça pervertit l'enfance - et plus tard l'adolescence -, ce genre de trucs!

Je vous conseille donc de faire front et d'énerver tellement la gredine qui vous sert de prof qu'elle n'ait d'autre solution que de déchirer ses fiches de dépit et de trépigner nerveusement. Au programme: siestes improvisées, cocottes en papier, avions volants (même supersoniques, si vous pouvez), projection d'encre, de chewing-gums, tirage de cheveux sauvage, chantonnement incessant... Y'a le choix!

Bon courage!

Gaston Lagaffe