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Bonjour,
Nous sommes en 2006 et le monde ne va pas mieux. C'est
vrai qu'il est question de perception et je vois facilement que la
pensée, notre pensée, ne nous mène nulle part.
Vivre dans le
monde actuel devient difficile. Autour de moi, j'ai l'impression que
personne ne veut être dérangé, les gens se rangent
facilement derrière
un militantisme à trois francs tel que faire une donation pour
une
oeuvre de bienfaisance. Je suis presque déçu de voir que
personne ne
veut rien faire et les gens vont toujours voter bêtement pour ces
politiciens qui pensent à notre place. C'est presque un ennui de
vivre
dans cette société où tout le monde se plaint mais
personne n'affronte
réellement le vrai problème. C'est à dire celui
que l'on se crée
soi-même. Le problème du monde n'est en définitif
qu'un problème de
conscience, qu'un problème psychologique unique pour chacun.
Ce
que je décris est peut-être mon problème en
définitive, mais, quand je
suis heureux, il suffit que je traîne un peu en
société pour être
dégoûté de l'espèce humaine assez
rapidement. Sa façon de fuir dans une
volonté sécuritaire, par le sport ou les plaisirs de tous
genres pour
s'oublier soi-même me perturbe quand même.
Tout cela me préoccupe.
Je
ne sais pas trop pourquoi je vous dis tout ça, mais je vous le
dis. Si
vous êtes disponible pour un dialogue par rapport à ces
quelques
remarques (puisque l'on est sur Dialogus!) J’attends votre
réponse.
Bien à vous,
André
Votre constat du monde tel
qu'il se présente à nos yeux,
monstrueusement brutal, est une observation lucide. Mais si vous
êtes
capable de faire la même observation en vous-mêmes,
peut-être alors y
a-t-il un espoir d'aller au-delà.
Il ne s'agit pas que d'un
dialogue, d'un divertissement intellectuel, mais d'une approche
sérieuse.
Peut-être
aussi pensez-vous que vous êtes un tout petit grain de sable, que
les
autres doivent évoluer et que vous êtes impuissant.
Si vous
pouvez concevoir qu'il s'agit d'un sujet sérieux et que
l'attitude des
autres n'a pas d'importance, alors nous pourrons avancer dans un
dialogue utile.
Si je ressens
profondément que le monde doit
changer, je dois le faire pour moi-même. Vous ne pouvez demander
cela à
personne, il est nécessaire que ce soit une urgence vécue
pour vous et
à travers vous. L'exploration du monde commence en soi, mais
elle
demande du courage. En particulier, celui de voir les choses telles
qu'elles sont. Si vous y êtes disposé, votre perturbation
va trouver
son sens.
J. Krishnamurti
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