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Bonjour Monsieur,
J'ai lu dans un de vos livres, qu'il vaudrait mieux ne pas juger ce que
l'on regarde, mais plutôt le regarger d'une façon neutre.
Je me demande si c'est vraiment possible.
Comment changer cette habitude, puisque presque nous tous avons appris
par nos parents de critiquer tout et d'avoir une opinion sur tout,
même sur des choses que l'on ne connaît pas? Quel serait
votre conseil là-dessus? Comment pourrais-je m'y prendre?
Et puis précisez-moi, à quoi ça sert exactement? Cela nous apporte quoi?
Et puis je voudrais vous demander si l'environnement dans lequel on vit
joue un rôle primordial sur la «réussite» de
la méditation? Ou elle repose seulement sur la volonté et
la sérénité de l'âme et de l'esprit?
Avec tout mon respect.
Angelique
Ai-je dit qu'il fallait regarder d'une manière neutre?
Je crois au contraire que nous devons voir de manière
très vivante et se laisser pénétrer par la
beauté. Il n'y a rien de neutre en cela. Mais pour voir la
beauté, il est nécessaire de ne plus être
aveuglés par des pensées, des soucis. Et quand nos soucis
ne sont pas trop prenants, nous ne voyons alors pas les choses
totalement, nous les passons au filtre de notre intellect, de nos
définitions. Nous ne voyons plus un arbre, nous voyons le mot
arbre en quelque sorte. Vous voyez?
Il s'agit de voir, sans réfléchir à ce que l'on
voit à partir de notre cerveau conditionné. Essayez et
voyez ce qui se produit.
Quant à «servir à quelque chose»,
voilà bien un argument de notre civilisation. Est-ce que
ça sert à quelque chose d'être vivant? Voyez par
vous-même si ce que vous vivez aujourd'hui sert à quelque
chose et à quoi pourrait bien servir de vivre avec une attention
totale plutôt que dans cette inattention permanente que nous
appelons «ma vie».
Je ne sais pas à quelle «méditation» vous
faites référence. La seule méditation qui vaille
à mon sens est celle que je viens de décrire en quelques
mots en réponse à votre première interrogation.
Vous n'êtes victime de l'environnement que si vous demeurez dans
l'inattention, mademoiselle.
Voyez comment tous ces éléments que vous présentez
sous forme de questions séparées peuvent se rejoindre.
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