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Monsieur Krishnamurti,
Votre enseignement encourage à se libérer de tout
ce qui fait référence au passé, notamment les livres. Et pourtant vos écrits se
vendent dans toutes les bonnes librairies! Ainsi, lire votre œuvre ne serait-il
pas déjà en contradiction avec votre enseignement?
Votre enseignement
encourage à se libérer du conditionnement et à expérimenter «ce qui est». Et
pourtant le chemin qu'on décide de prendre ou le mot qu'on décide d'utiliser est
inconsciemment le résultat de ce que l'on a expérimenté dans le passé
-notamment, dans votre cas, votre vécu contrariant dans le système de la société
théosophique.
Votre enseignement encourage l'action mais pas la réaction
car c'est l'effet du passé. Et pourtant le monde EST violent. L'homme est un
animal et c'est la loi de la jungle (cause à effet: A est mangé par B qui est
lui même mangé par C qui est mangé par A). Agir sur le fait que le monde soit
violent n'est-il pas une réaction à ce qui est? Comment distinguez-vous l'action
de la réaction?
La prise de conscience et le processus de
responsabilisation des êtres humains ne sont-ils pas le résultat de ce FAIT de
violence, autrement dit de ce qui EST?
J'ai cru comprendre que vous ne
croyiez en rien. Que vous inspire la notion de destin?
Fais-je partie de
ceux qui, comme vous l'avez dit, vous lisent mais ne comprennent pas votre
enseignement (compte tenu du fait que j'ai recherché dans vos livres un
enseignement qui ne s'apprend pas dans les livres)?
Est-ce vrai que vous
n'avez lu aucun livre? D'où vient votre inspiration?
Merci d'avoir pris
le soin de me lire.
Bien à vous,
Cédric
Bonjour monsieur,
Vos questions expriment votre sincérité. Mais
avez-vous bien lu ce que je disais et lirez-vous de la même manière ce que je
vais vous répondre?
Un livre qui suggère de se libérer des livres du
passé n'est pas la même chose qu'un livre du passé. Il est peut-être le premier
et le dernier livre? Lire mes livres ou écouter mes paroles peut avoir cet
effet, je le constate assez souvent, de pervertir le sens des paroles. Dans ce
cas, alors, cette lecture était sans valeur, le livre n'est devenu, et ce n'est
pas la faute de l'écrivain, qu'un «livre du passé» de plus.
Pour ce qui
concerne la libération du conditionnement, je peux vous dire que la perception
d'un arbre, par exemple, peut se produire sans référence aucune à un vécu du
passé. Peut-être même l'avez-vous déjà ressenti mais sans y prêter attention. La
référence que vous faites à mon passé n'est pas pertinente, car ce qui est
aujourd'hui pour cet orateur n'est pas une réaction à ce qui fut.
Faire
le constat de la violence ne suscite pas nécessairement une réaction dans le
sens où je l'entends. Il est même possible que nous ne puissions rien faire,
individuellement, contre la violence, mais nous pouvons nous y confronter, en
nous-mêmes d'abord, et apprendre à la connaître.
N'avoir lu aucun livre
est une image pour indiquer que la lecture des livres n'est pas une source
d'inspiration. Vous pouvez le comprendre maintenant.
J Krishnamurti.
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