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Thibault Macé et Louis Villard

écrit à
Knock
Le docteur Knock


Succession à Saint-Maurice


   

Bonjour docteur Knock,

Nous sommes deux élèves du collège Pierre Mendès-France.

En classe, nous avons lu la pièce de Jules Romain et nous avons précisément étudié votre rôle de docteur à Saint-Maurice. Nous vous admirons: en quelques mois, vous avez réussi à mettre les habitants de Saint-Maurice à vos genoux. Ils sont, sauf exception, à votre merci. Votre technique est époustouflante!

Acceptez, s'il vous plaît, de nous apprendre le métier de médecin, mais à votre façon. Nous avons un expérience minime en la matière: nous avons essayé d'utiliser votre technique sur la petite sœur d'un ami. Ce fut un échec déplorable. Elle ne nous a pas crus quand nous lui avons dit de ne plus manger de chocolat pour éviter la crise cérébrale, et qu'elle pouvait nous en donner!

Nous serons des élèves attentifs et si cela porte ses fruits, peut-être pourrions nous prendre votre succession à Saint Maurice...

Merci de nous répondre et d'accepter, s'il vous plaît, nos plus respectueuses salutations,

Thibault et Louis


Je n'ai pas mis les habitants de Saint-Maurice à genoux; je les ai habitués à se soigner alors qu'ils n'en avaient pas même l'idée et qu'ils attendaient, comme des animaux, que leur heure fût venue. Les choses ont changé depuis. Mais il faut savoir qu'on ne s'improvise pas médecin par intérêt; il faut avoir la vocation. Avez-vous comme moi, depuis l'âge où vous avez su lire, parcouru avidement tous les  prospectus médicaux qui vous tombaient sous la main (il y en a plusieurs que je pourrais encore vous réciter par cœur)? Pour que vos patients vous croient, il faut encore que vous leur parliez la langue de la médecine, celle qu'ils veulent entendre. Il faut aussi que vous soyez autant prêts à leur donner de bonnes nouvelles que des mauvaises: j'ai ausculté dix fois telle patiente et chaque fois je l'ai rassurée, lui garantissant qu'elle ne devait pas se tourmenter et qu'elle n'avait qu'à bien manger et bien boire; tel autre s'imaginait être un porteur de germes et je suis allé jusqu'à lui faire faire trois fois une analyse de selles. La médecine est une chose sérieuse; n'y songez plus si vous ne voulez que vous amuser.

Amicalement,

Knock

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