Thibault Macé et Louis Villard
écrit à

Le docteur Knock
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Bonjour docteur Knock, Je n'ai pas mis les habitants de Saint-Maurice à genoux; je les ai
habitués à se soigner alors qu'ils n'en avaient pas même l'idée et
qu'ils attendaient, comme des animaux, que leur heure fût venue. Les
choses ont changé depuis. Mais il faut savoir qu'on ne s'improvise pas
médecin par intérêt; il faut avoir la vocation. Avez-vous comme moi,
depuis l'âge où vous avez su lire, parcouru avidement tous les
prospectus médicaux qui vous tombaient sous la main (il y en a
plusieurs que je pourrais encore vous réciter par cœur)? Pour que vos
patients vous croient, il faut encore que vous leur parliez la langue
de la médecine, celle qu'ils veulent entendre. Il faut aussi que vous
soyez autant prêts à leur donner de bonnes nouvelles que des mauvaises:
j'ai ausculté dix fois telle patiente et chaque fois je l'ai rassurée,
lui garantissant qu'elle ne devait pas se tourmenter et qu'elle n'avait
qu'à bien manger et bien boire; tel autre s'imaginait être un porteur
de germes et je suis allé jusqu'à lui faire faire trois fois une
analyse de selles. La médecine est une chose sérieuse; n'y songez plus
si vous ne voulez que vous amuser. |