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Michel |
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Marketing |
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| Cher Docteur, J'admire chez vous le savoir-faire avec lequel vous avez construit le «système Knock», du moins tel qu'il est décrit par votre talentueux biographe, Monsieur Jules Romains. Ce que vous faites triompher, c'est beaucoup moins la médecine que le marché, comme l'on dit de nos jours. En effet, vous identifiez «un marché porteur»: celui de la santé. Vous continuez, tel «un patron de combat» par virer l'ancienne Direction (en la personne de ce pauvre Docteur Parpalaid) et ses méthodes surannées, et par là même non rentables. Vous employez les méthodes modernes de communication, telles la publicité (le garde-champêtre), le lobbying (auprès de l'instituteur) l'entente économique (avec le pharmacien). Puis vient la phase de séduction et de captation de la clientèle (la première visite gratuite). Et pour couronner le tout, la fidélisation de la clientèle (traitements de longue durée, ouverture d'un hôpital). Quel génie Docteur! Vos techniques encore balbutiantes, à l'époque où vous exerciez, ont aujourd'hui conquis la planète entière et tous les domaines de l'activité humaine. Avec toute mon admiration! Cordialement, Michel Sans vous connaître, mon cher Michel, j'imagine en vous quelque potache du fait que vous employez au sens de «mettre à la porte» le verbe «virer» qui ne s'entend guère que dans les cours de récréation. Il s'agit au moins d'un terme que je connais, celui de «marché porteur» me semble au contraire des plus étranges; vos condisciples doivent s'être forgé un jargon particulier qui les amène à adopter aussi un terme comme «lobby», que je n'ai jamais lu en dehors de textes évoquant la vie parlementaire britannique. Je doute que vous ayez lu un ouvrage dont je serais le héros car on a coutume d'attendre la mort des gens pour écrire quelque chose sur eux; au moins est-on sûr ainsi de ne pas être contredit car je doute que Monsieur Farigoule, dit Jules Romains, que vous présentez comme mon biographe, se serait trompé à ce point en parlant de moi. Pour en venir au fond de ce que vous dites, ou au moins de ce que j'y comprends, je vous signale que je n'ai nullement «viré» le docteur Parpalaid: c'est lui, au contraire, qui m'a roulé en me vendant pour quelques billets de mille une clientèle qui ne valait pas vingt-cinq francs. Si j'avais su je me serais installé de moi-même à Saint-Maurice où sa présence ne m'aurait pas gêné. Passons sur votre «méthode moderne de communication», cela fait sans doute des siècles qu'il existe des crieurs publics, ancêtres des tambours de ville, et je ne vois pas que les marchands forains qui faisaient annoncer leurs déballages par leurs soins aient été à l'avant-garde des méthodes commerciales. En revanche vous ne vous rendez pas compte de l'accusation que vous portez contre moi en parlant d'entente économique avec le pharmacien Mousquet. Vous m'accusez en somme de dichotomie et c'est une accusation qui peut mener son auteur devant les tribunaux; on n'excusera pas toujours votre jeune âge. Je sais bien que de rares médecins, la honte de notre profession, s'arrangent pour prescrire des médicaments très coûteux et le pharmacien leur reverse une partie des bénéfices; mais l'enquête la plus scrupuleuse ne pourrait rien trouver contre moi à ce sujet. Certes, depuis mon arrivée à Saint-Maurice Monsieur Mousquet a plus que quintuplé son chiffre d'affaires, mais il a plus que quintuplé aussi son temps de travail et il ne fait que recevoir la juste récompense de ses efforts. Savez-vous qu'en se couchant à onze heures et demie du soir il n'a pas toujours terminé l'exécution de ses ordonnances? Je lui ai conseillé de prendre un élève car il est terriblement surmené. Au reste il ne se plaint pas car il aime son métier, il aime à se sentir utile; il est de ceux qui trouvent plus de plaisir à tirer le collier qu'à ronger leur frein. Évitez aussi de parler de captation de clientèle: j'ai inauguré mes consultations gratuites pour permettre de se soigner à des gens qui, faute de ressources, ne l'auraient jamais pu. C'est d'ailleurs pour moi un principe: si je fais payer ceux qui en ont les moyens, je n'accepte rien des indigents; je n'hésite pas à dépenser dix francs d'essence pour m'arrêter devant la cahute d'une pauvre femme qui n'a même pas un fromage de chèvre à me donner. Demander de l'argent pour soigner de telles personnes, c'est un peu leur dire: «La bourse ou la vie!» Je vous quitte: j'ai précisément mes consultations gratuites à donner et je ne veux pas voler le temps de ceux qui ne possèdent rien d'autre. Toutes mes amitiés, jeune homme; transmettez mes respects au Docteur Dumontais. Knock |
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