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Saint-Maurice, le 1er septembre
1921
Mon cher confrère,
Les lettres que vous avez bien voulu me communiquer sont passionnantes.
Sans être psychiatre je connaissais déjà de
façon théorique certaines formes de folie et j'en avais
même rencontré quelques-unes, mais croire que l'on vit
dans l'avenir et écrire à ses contemporains comme
à des personnes du passé, voire des personnes
imaginaires, c'est une altération de l'esprit dont je n'avais
jamais entendu parler.
Comment agir en pareil cas, me demandez-vous. Laissez-moi d'abord vous
remercier de la confiance que vous me faites, mais je craindrais de la
décevoir ne m'étant pas spécialisé dans la
psychiatrie; cependant, si votre demande se limite à ce que vous
appelez la méthode Knock, voici ce que je vous conseillerais:
N'entrez dans le jeu de votre patient que si vous savez que ses revenus
dépassent douze mille francs par an, autrement ce serait abusif.
Et encore, pour les plus modestes, je veux dire jusqu'à vingt
mille francs, contentez-vous d'une visite par semaine avec entretien,
et limitez vos frais de médication à cinquante francs par
moi. Élargissez le traitement si le malade est plus à
l'aise avec, pour des revenus supérieurs à cinquante
mille francs, un minimum de quatre visites pas semaine avec de longues
séances de psychanalyse, allongé sur un divan. La cure en
pareil cas peut aller jusqu'à plusieurs années.
J'ai été émerveillé, en effet, par les
travaux du Dr Freud et je vous affirme que, selon moi, c'est
peut-être l'homme de notre siècle qui a le mieux compris
le véritable esprit de la médecine. Je regrette de ne pas
l'avoir découvert plus tôt: il m'aurait
épargné des années de réflexion.
Pour les revenus les plus modestes, procédez au contraire
brutalement; prenez en faute le patient sur les incohérences du
futur qu'il échafaudera et détruisez les structures
chimériques qu'il tente d'échafauder dans sa
pensée. Une telle maladie risque en effet de faire perdre au
malade ses moyens d'existence qui sont aussi ceux de sa famille et le
mettrait, d'ailleurs, hors d'état de vous régler vos
honoraires.
Je reste à votre disposition, cher Confrère, pour de plus
amples précisions.
Très amicalement
Docteur Knock
Éminentissime et méthodique docte Docteur Knock,
Voilà de mes méthodes fort à propos qui
se donnent comme échelon, impartialement engoncé dans le
numérique brut, les revenus du patient. Le critère est
glacial mais au moins il ne donne pas froid aux yeux des chercheurs de
sincérité. Je ne dis pas que je vais l'adopter, le
bénévolat ayant ses imprévus mous, vagues mais
parfois merveilleux. Mais je vais le méditer, ce qui ne va pas
sans peu dire.
Le Cas Dumontais est central. Tel l'Homme aux Loups, Victor de
l'Aveyron, Piano Man et autre Sybil, il fera date dans les annales de
notre compréhension, si souffreteuse et si rhizomatique, du plan
psychopathologique de cet implacable collectif humain. Le Cas a en
effet la vertu de se transmettre, de faire entrer force
éléments extérieurs dans le cénacle de son
délire des dupes. Se masse alors au portillon en rien de moins
que le temps de le dire, la horde suintant l'effet de secte et toute sa
ribambelle de conséquences raspoutinesques.
J'en sais quelque chose de ce Christ Roy, étant son
saint Paul. Ce Kirk m'a pour Spock (vous n'avez pas le monopole de
l'onomatopéisme anthroponymique, il s'en faut d'une paille) et
je suis le Pansa pensif de ce Quixote dégingandé.
Conséquemment, croyez-moi.
Et suivez-moi.
René Podular Pibroch, dit Chapeau bas, (travaillant du
gibus, conséquemment)
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