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Un de mes amis du Conservatoire a joué votre symphonie
monoton-silence pour l'ouverture de votre exposition à
Paris. J'étais présente; le début de votre
symphonie, c'était une cacophonie de tous les diables, et
puis... silence .
Le problème c'est que dans ce silence solennel, perçu
comme une grande oeuvre d'art, le fou rire m'a pris, très
très fort. On n'entendait que moi. Je n'ai pu m'en
empêcher, j'ai saboté votre oeuvre! Je m'en excuse, mais
j'ai quand même trouvé ça assez ridicule, je me
suis fait «engueuler» parce que soi-disant c'était
de l'art. Mais justement, selon moi, l'art est fait pour susciter des
réactions: je trouve donc mon fou rire, s'il n'était pas
très poli, approprié. Oui, c'est le mot...
Approprié .
Vous êtes fâché?
MiSS
Bonjour Miss,
Vous en vouloir de votre fou
rire? Comme vous le soulignez, l'un des buts de l'art est de susciter
des réactions. Aussi, si le contexte de la symphonie
monoton-silence a sollicité chez vous une pointe d'humour, alors
tant mieux. Cela est préférable à de
l'indifférence. Comme je me plais à le dire,
«l'art, c'est la santé!» et rire, c'est
également la santé! De ce fait, rire de l'art serait
être en pleine forme, non? Bon, peut-être que rire
intérieurement aurait été plus salvateur et ne
vous aurait pas causé ces quelques désagréments,
mais là n'est pas le problème. La question serait
plutôt: qu'est-ce qui a provoqué votre rire? Le fait
d'entendre une symphonie constituée uniquement d'une seule et
même note jouée de façon continue? Le silence qui a
suivi l'interprétation de cette symphonie? Vous savez, on
s'accorde toujours à dire que le silence qui suit une
pièce de Mozart est encore de la musique.
Bien à vous,
Yves Klein – Yves le Monochrome |