Question d'une étudiante d'arts plastiques intéressée par votre travail...
       
       
         
         

sartreeric@hotmail.com

      Comment avoir élaboré le concept des «femmes pinceaux»? Et quel était votre travail avant vos Anthropométries?

Didy, une étudiante en arts plastiques

 

       

 

       

Yves Klein

      Chère Didy!

Pour être clair, je vous dirai que mes anthropométries démontrent ma volonté d'expression de la non-nécessité de travailler «d'après-modèle», mais la possibilité de «peindre avec des modèles».

Lorsque j'ai présenté mes «Anthropométries en Bleu» à la Galerie Internationale d'Art Contemporain de Paris le 9 Mars 1960, j'ai proposé au public un spectacle où le modèle n'est plus objet à copier, mais devient l'objet-médium. En somme, un «pinceau-vivant»! Pour cette occasion, des modèles entraient en scène, tenant chacun un seau d'IKB. Dénudés à l'extrême, ces modèles se couvraient mutuellement le torse, le sexe, et les cuisses avec l'IKB en question avant de venir se presser contre des feuilles de papier disposées sur le mur.

J'étais vêtu d'une redingote noire et orchestrait l'action en dirigeant mes modèles au moyen de gestes. Ce qui est surtout à prendre en considération en ce cas présent, c'est l'affirmation du «je» créateur indissociable du risque existentiel de la peinture d'après-guerre. Il y a ici l'enregistrement de traces de corps sans tête. La présence indicielle ne se rapporte pas à la personne (un corps et un visage), mais bien à l'être primordial inscrit en tout individu.

En somme, le retrait du créateur derrière la créature! L'impression étant le fait du «pinceau vivant». L'objet-corps s'affirmant comme une présence vivante autonome!

Bien à vous!

Yves Klein