Olympe de Gouges
écrit à

   


Yves Klein

     
   

Monochromes

    Me croirez-vous si je vous confie que vos monochromes m'évoquent profondément les recherches plastiques de Gina Pane? Je vois au travers de ceux-ci l'expression d'un mysticisme chrétien éclatant. Avez-vous conscience du pouvoir irradiant de ces toiles?



Bonsoir,

Vous savez, l'homme possède cette conscience le dotant du regard à double niveau. Entendez par là que face à une toile, prenons l'exemple d'un retable, il pourra percevoir un simple panneau de bois sur lequel ont été déposés des médiums et, dans le même instant, il pourra interpréter cette même toile via sa signification, sa valeur véhiculée et autres. En somme, une dualité entre contemplation purement esthétique et objet destiné à la méditation.

Certes, je vous l'accorde, la tentative commune, sinon universelle, de toute oeuvre d'art à connotation religieuse vise à matérialiser l'invisible, à donner une mesure à l'incommensurable qu'est le divin. Aussi, partant du principe que mes monochromes tentent de capturer, de rendre visible la sensibilité immatérielle de la couleur, alors, oui, peut-être pouvons-nous établir un lien entre ceux-ci et le mysticisme chrétien auquel vous faites référence. Mais si une partie de mon oeuvre se doit d'être ramenée à une quelconque dimension religieuse, les ex-voto destinés à Sainte Rita sont bien plus significatifs.

Enfin, vous me parlez de Gina Pane. De l'époque où je vous écris, cette artiste m'est inconnue. Sans doute est-elle une digne représentante d'un art corporel dans votre époque? Gina Pane! Je ne sais pas pourquoi, mais la musicalité de ces nom et prénom m'évoque la douceur et le tourment dans le même instant! Un peu comme si on tentait de couper une rose avec une lame de rasoir! Un peu comme si on se livrait à des actions sentimentales en se taillant le corps avec quelques objets tranchants ou bien encore les épines de la rose précédemment découpées! Vraiment, ce nom m'inspire le tourment! Sans doute un écho du futur vers mon propre présent!

Bien à vous!

Yves Klein (Yves le Monochrome)