Les cendres
       
       
         
         

dominique.brigitte@wanadoo.fr

      Bonjour,

Pouvez-vous m'expliquer cette phrase: «Mes tableaux sont les cendres de mon art». Même si j'ai déjà ma petite idée, j'aimerais quelques précisions, s'il vous plait.

Merci.

Sandy

 

       

 

       

Yves Klein

      Bonjour Sandy,

Mes tableaux comme les cendres de mon art se doivent d'être perçus comme un pari alchimique sur le feu! Le feu qui brûle est celui qui engendre. En somme, lorsque le feu intervient sur mes «monochromes», disperse les cendres du Bleu dans le Vide! Là où elles seront fécondées par le Feu qui y brûle! Elles renaîtront en pluie de feuilles d'or, immortelles filles du SOLEIL!

Sachez chère Sandy que la présence du feu dans le vide structure puissamment le concept d'espace! Celui-ci perdant d'un seul coup sa plénitude éthérée non-caractérisée.

C'est un concept fondamental de Bachelard, mais la sexualisation du feu (le feu qui brûle au coeur du vide) est symbole essentiel de la sexualité! Bachelard s'était attaché à démontrer que toute l'alchimie était étroitement liée et traversée par une immense rêverie sexuelle.

Certes, la cendre est signe de pénitence et de deuil dans l'Apocalypse de la Bible. Souvenez-vous que Thamar, outragé par son frère Ammon, se couvre la tête de cendres! Rassurez-vous, mon oeuvre n'exclut nullement toutes ses références empreintes d'humilité, mais je ne peux m'empêcher d'appréhender la cendre comme une entité fécondante!

Pour conclure, je vous dirais que le «Jooming» en Inde consiste en un éparpillement des cendres sur la terre favorisant les récoltes!

Comprenez-vous mieux le rapport du feu à mon oeuvre maintenant?

Bien à vous!

Yves Klein