La musique |
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| Bonjour Yves, Je vous avais déjà écrit au sujet de la notion de saturation, désormais je m'interroge sur l'importance potentielle qu'aurait pu avoir la musique sur votre travail, musique qui a influencé Kandinsky et failli rendre Klee inexistant dans le monde de la peinture! Avez-vous pratiqué la musique vous aussi en plus du judo? A-t-elle eu une importance quelconque ou au contraire la rejettiez-vous? À très bientôt. Cordialement, GRP_374 |
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| Bonjour! L'influence de la musique dans mon oeuvre? À vrai dire, je n'ai jamais été vraiment expansif en confidences sur mes goûts musicaux! Il n'est pas dans ma nature de dire à mes amis que je préfère tel ou tel compositeur ou bien que je vais assister à tel ou tel concert! Même si dans mon adolescence, je me suis essayé au piano et au ragtime. Bien sûr, j'ai passé des soirées endiablées à danser sur des airs de jazz dans ma jeunesse, mais il y a ici une volonté de tout à chacun de prendre du bon temps en faisant évoluer son corps dans un espace et oublier tout ce qui nous entoure! Pour recenter votre question, je dirais plutôt que la musique, à une certaine époque de mon oeuvre, s'est vue intégrée à mon travail comme élément à part entière. Si je me souviens bien, c'est vers la fin de l'année 1949 que l'idée a commencé à germer! J'étais chez Robert Sauvage, et là, j'ai ébauché mes premiers monochromes. Je m'étais enfermé dans la salle de bains pour reparaître quelques minutes plus tard avec des carrés de cartons maculés d'un seul et même ton. Là, je me suis dit que si l'on pouvait peindre avec une seule et même couleur, alors pourquoi ne pouvait-on pas pas composer avec une seule et même note? Une symphonie sans réel commencement ni réelle fin. Une symphonie monochromatique ou monoton si vous préférez! Une symphonie n'ayant pour durée que le temps que l'on veuille lui accorder! Le projet a réellement connu sa réalisation lors de la toute première manifestation des anthropométries. Là, cette symphonie monoton a pu exister au sens propre du terme et donner à «entendre» vingt minutes d'un son continu suivi de vingt minutes de silence et d'immobilité totale. Pour l'occasion, j'ai fait appel au compositeur Louis Saguer afin qu'il conduise ce projet. Louis Saguer a demandé au musicien Alain Bancquart de rassembler une dizaine de musiciens, des instrumentistes à cordes. Je me souviens que Louis avait concocté plusieurs projets, allant du plus simple au plus compliqué. Il me les a fait entendre et j'ai opté pour l'accord le plus simple. Un truc comme Do mi sol ou Sol si ré, je ne sais plus trop! J'imagine aisément que mon choix a dû amuser les musiciens composant l'orchestre! Amuser dans le sens où l'accord que j'avais choisi était celui de quelqu'un qui n'était pas familiarisé avec la musique. En fait, il faut surtout retenir que cette symphonie monoton n'est pas vraiment de la musique au sens propre du terme, mais plutôt une composition destinée à créer une atmosphère tendue et égale afin d'accompagner un travail. L'accord joué a la qualité d'une résonance au son grave et profond, comme issu des entrailles de la terre. Aucune gesticulation ne vient troubler sa force intérieure. Cet accord est la continuité fondamentale de la vie: son apparition et sa disparition dans la permanence de l'être. Une allégorie de la vie éternelle prend place! La présence unique et absolue de l'homme au monde se poursuit dans l'absence après la mort. Une absorption du silence!!!!! Vêtements impalpable de mes pinceaux-vivants ayant évolué sur scène ce soir là! Bien à vous! Yves Klein |