Couvrir ou recouvrir
       
       
         
         

sophieka@free.fr

      Monsieur Klein,

Voir la vie en IKB! n'est pas magnifique! Je voudrais savoir si vous pensez plutôt couvrir ou recouvrir les objets de bleu? Je sais que vous les peignez mais est-ce pour les protéger ou pour les cacher -ou plutôt les dévoiler?

PS: J'ai une certaine admiration pour «Samotrace»

 

       

 

       

Yves Klein

      Bonjour!

À vos questions, je dirais qu'il n'est rien de tout cela. Il vous faut savoir que le corps pictural des objets est manifestement habité. Pris dans le Bleu, l'objet perd pied et l'oeil est submergé. Ce qui m'amène à dire qu'il existe une distinction entre une indigestion de couleur et une saturation de Bleu. Mais je n'ai jamais appréhendé l'objet comme une fin en soi, sans doute pose-t-il avec insistance (surtout le monochrome) la question de la corporéité de la sculpture. L'objet est un corps vivant! Pour exemple, le monochrome ne vit que dans le regard de celui qui le voit vivant et c'est bien notre corps sensible qui permet de donner vie à l'invisible! Certes, les objets sont des présences vivantes et autonomes... de l'énergie poétique et concentrée, contractée, mais cette vie de la matière, cette énergie de l'objet ne s'allume que dans notre regard sensible!

Sachez enfin que je n'ai jamais fait la moindre distinction entre mon corps et celui des choses. Je reconnais volontiers l'existence d'une échelle de valeurs, d'une intensité de l'invariable, mais j'envisage toute matière comme un corps vivant!

En somme, recouvrir les objets d'IKB, c'est tenter de capter l'immatériel, le fluide insaisissable qui les anime, et, ainsi, entrer en contact avec un autre monde!

Bien à vous!

Yves Klein