Dolvido
écrit à

   


Jack Kerouac

     
   

Voyage : mode d'emploi

   

Monsieur Kerouac,

J'aimerais traverser les USA «coast to coast» cet été, avec des copains. Cependant, j'aimerais vos conseils. Que dois-je apporter? Quelle attitude dois-je arborer? Vaut-il mieux voyager dans une vieille bagnole rouillée ou non? Manger un burger sur Market Street, est-ce encore «tripatif»? Suis-je hanté par votre livre pour vouloir faire ce chemin?

En passant, combien de fois avez-vous fait ce voyage? Dans «On the road», vous en relatez plusieurs, mais je m'imagine bien que ce n'est qu'une synthèse de la plupart d'entre eux.

Excusez ce bombardement de questions grossières, mais j'aime les questions grossières.

Échaudement,

Dolvido



Dolvido,

J’ai donc encore un émule... Ma vanité n’a plus de limites désormais. Et en plus de tout, vous me demandez des conseils!

Monsieur, sincèrement, j’ai hésité à vous répondre. Toute ma vie a été une recherche de spontanéité, et en me posant vos questions, vous ôtez de votre voyage tout ce qui en aurait été bon pour moi... À vous de voir.

Pour traverser les USA, vous avez besoin d’argent. Et d’envie. Et de livres. Le pays est démesuré, à un point que l’on n’imagine pas. Parfois, des dizaines d’heures de routes sont nécessaires pour rejoindre une ville qui paraît proche sur la carte. Lisez, dormez, faites l’amour, mais ne pensez pas à la destination. Seule la route est but. Voyagez dans la voiture qui vous siéra, je ne suis pas garagiste. Mangez ce que vous voudrez, grossissez, maigrissez, accouchez de tout, éliminez, et finissez comme moi, au bout du rouleau! Quant à être hanté par mon livre, et à faire ce chemin, j’ai franchement envie de vous répondre de trouver votre propre chemin. Si mon livre vous aide à cela, fort bien.

J’ai traversé les USA de plusieurs manières, et toujours en faisant des détours. Je n’ai pas tenu de comptabilité. Mais j’ai séjourné plus de dix fois à Frisco et à peu près treize fois sur la côte Est. Faites le calcul, ami féru de routes.

Kerouac.