| | | Monsieur Kerouac,
J'aimerais traverser les USA «coast to coast»
cet été, avec des copains. Cependant, j'aimerais vos conseils. Que
dois-je apporter? Quelle attitude dois-je arborer? Vaut-il mieux
voyager dans une vieille bagnole rouillée ou non? Manger un burger sur
Market Street, est-ce encore «tripatif»? Suis-je hanté par votre livre
pour vouloir faire ce chemin?
En passant, combien de fois
avez-vous fait ce voyage? Dans «On the road», vous en relatez
plusieurs, mais je m'imagine bien que ce n'est qu'une synthèse de la
plupart d'entre eux.
Excusez ce bombardement de questions grossières, mais j'aime les questions grossières.
Échaudement,
Dolvido
Dolvido,
J’ai donc encore un
émule... Ma vanité n’a plus de limites désormais.
Et en plus de tout, vous me demandez des conseils!
Monsieur,
sincèrement, j’ai hésité à vous répondre. Toute ma vie a été une
recherche de spontanéité, et en me posant vos questions, vous ôtez de
votre voyage tout ce qui en aurait été bon pour moi... À vous de voir.
Pour
traverser les USA, vous avez besoin d’argent. Et d’envie. Et de livres.
Le pays est démesuré, à un point que l’on n’imagine pas. Parfois, des
dizaines d’heures de routes sont nécessaires pour rejoindre une ville
qui paraît proche sur la carte. Lisez, dormez, faites l’amour, mais ne
pensez pas à la destination. Seule la route est but. Voyagez dans la
voiture qui vous siéra, je ne suis pas garagiste. Mangez ce que vous
voudrez, grossissez, maigrissez, accouchez de tout, éliminez, et
finissez comme moi, au bout du rouleau! Quant à être hanté par mon
livre, et à faire ce chemin, j’ai franchement envie de vous répondre de
trouver votre propre chemin. Si mon livre vous aide à cela, fort bien.
J’ai
traversé les USA de plusieurs manières, et toujours en faisant des
détours. Je n’ai pas tenu de comptabilité. Mais j’ai séjourné plus de
dix fois à Frisco et à peu près treize fois sur la côte Est. Faites le
calcul, ami féru de routes.
Kerouac.
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