Sophie
écrit à

   


Jack Kerouac

     
   

Votre liberté

    Bonjour monsieur Kerouac,

Je ne sais trop comment m'adresser à vous: John, Jean, monsieur Kerouac... Toutefois, mon respect pour votre personne m'impose le vouvoiement. Je viens tout juste (il y a quelques minutes, c'est pour dire!) de terminer votre célèbre «On the Road». Je n'arrive pas encore à trouver les mots pour décrire l'aventure que j'ai vécue avec ce roman, peut-être parce qu'elle est encore trop récente. Toujours est-il que ma tête fourmille de questions pour vous. J'espère que vous n'y avez pas déjà répondu dans d'autres correspondances (que je n'aurai pas lues à cause de ma légère paresse) car dans ce cas, je suis désolée de vous demander de vous répéter.

Premièrement, je dois vous l'avouer, je suis profondément jalouse. Jalouse parce qu'étant une jeune fille de seize ans dans notre monde actuel, je recherche cette liberté sauvage qui émane de votre œuvre sans jamais la trouver. Je veux vous demander donc: pensez-vous que cet état de l'esprit et de l'âme que vous aviez à l'époque de vos aventures avec Neal Cassidy soit impossible à atteindre aujourd'hui? Je me disais tout à l'heure que j'aurais dû vivre dans votre génération pour vivre la même chose. De nos jours la vie semble trop lourde, avec tous les problèmes mondiaux qui nous culpabilisent (environnement, guerres, famines, maladies, régimes dictatoriaux, discriminations, etc.), pour baigner dans l'insouciance dont vous faites preuve... Était-ce dû au fait que vous soyez une personne exceptionnelle entourée d'autres personnes encore plus particulières que vous avez créé la «Beat Generation» ou est-ce la «Beat Generation» qui vous a créé?  Est-ce que je me trompe totalement en pensant qu'un jour je pourrai dire moi aussi «I like too many things and get all confused and hung-up running from one falling star to another till I drop» ou encore «He's never hung-up, he goes every direction, he lets it all out, he knows time, he has nothing to do but rock back and forth. Man, he's the end! You see, if you go like him all the time you'll finally get it»?

On so many occasions, in your book, you speak of «It». Maybe that's all I'm asking for... this «it».

Désolée si ma question semble flou ou confuse, mais moi-même j'ai du mal à démêler mes pensées. Enfin, voilà, quitte à ce que ma question, qui n'en est peut-être pas une, ne soit pas reçue, le simple fait de témoigner de mon admiration sans borne me suffit.

Avec toute la frénésie créatrice qui vous est propre, je vous salue et vous envoie mes amitiés,

Sophie