| | | Hi Jack!
Votre histoire m'intéresse car je suis en train
d'écrire un bouquin sur le voyage de quatre amis qui roulent en voiture
dans toute la Californie. Je n'ai lu aucun de vos livres en entier mais
rien qu'en lisant un passage de l'un d'entre eux, votre style
d'écriture ne m'accroche pas. Le vôtre est très spontané tandis que le
mien est très étudié. Enfin voilà, cela pour vous dire que j'aimerais
que vous me parliez du Big Sur et de la magie qui doit régner là-bas.
J'ai entendu que vous étiez allé vous y ressourcer durant un certain
laps de temps.
Bien à vous Jack, vous avez le bonjour d'une petite Française!
Touria Desroses
Bonjour Touria Desroses,
Mon style est spontané, oui, mais pour
autant que je sache, la spontanéité n'interdit pas d'être étudiée. Pour
votre bouquin, faites attention toutefois à ne pas sombrer dans le
pompeux, cela peut être épuisant à lire, tant l'effort intellectuel
demandé est grand!
Big Sur. J'y ai vécu en 1960-61 dans une
sorte d'ignoble cabanon que j'avais loué pour l'occasion. Si je me suis
retiré là-bas, c'était pour me reposer, pour méditer, pour m'arracher à
la grouille qui m'entourait et me pressait partout où j'allais...
Pensez donc, je suis Jack Kerouac, l'écrivain décadent, l'alcoolique,
le drogué, le beat, le grand con... Bref, je m'étais donc isolé pour me
ressourcer, au fond de cette cabane, loin de tout ce qui était
civilisé. J'ai rapidement déchanté. Ce furent fêtes et réjouissances
permanentes! Réjouissances, mais pas pour moi. Neal m'a rejoint,
d'ailleurs, en compagnie d'Allen et d'autres illuminés du même acabit.
Quant à la magie de Big Sur, je l'espérais, pensant pouvoir me
consacrer au bouddhisme, à l'écriture et au ressenti d'haïku! Je n'ai
ressenti de paix que durant les premiers jours. La solitude est bonne à
toute âme, et la mienne n'est pas pire qu'une autre! Big Sur est
malheureusement trop souvent considéré comme le dernier refuge des
Hippies, ces dégénérés fainéants, et je n'ai été qu'ivre et abruti
durant mon séjour! Et j'ai été épuisé par Big Sur, ce lieu maudit.
Jamais je n'y retournerai. Jamais. J'ai perdu mes dernières illusions à
Big Sur!
En espérant que vous
irez vous rendre compte par vous-même qu'il est impossible
d'être apaisé à Big Sur...
Bien à vous,
Ma main,
Ti Jean.
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