Lou-Manu
écrit à

   


Jack Kerouac

     
   

Sur la route

    Cher Jack,

Je t'ai découvert par un cours sur l'esthétique de la route. Pour l'examen final, nous devions choisir dans une liste un livre et en faire un compte-rendu. J'ai choisi, au hasard, On the road.

Pourquoi te raconter ceci? Tu vas comprendre. J'ai donc acheté un exemplaire de ce livre, et j'ai commencé à le lire sitôt acheté. J'étais assise dans un parc, il faisait beau, il y avait un peu de vent et...j'ai basculé dans ton univers. J'ai adoré ton style d'écriture, j'ai envié ta liberté, ton insouciance, ta soif de vivre.

J'ai une devise: «Carpe diem», et je trouve qu' On the road en est une parfaite illustration. Qu'en penses-tu? Dans tous les ouvrages critiques que j'ai pu lire, il n'en est jamais fait allusion. Aurais-je mal interprété On the road?

En espérant avoir de tes nouvelles et que cette lettre est le début d'une longue correspondance, je m'arrête ici. J'espère que tu pardonneras la longueur de ma missive.

Bien à toi, Lou-Manu


Lou-Manu,

Je serai clair. Quand j'ai écrit On the road, je n'avais aucun futur, je me sentais libre et infini. Je cherchais à exister plus qu'à vivre. J'avais envie de ressentir encore et encore. J'ai créé, par ma tristesse, un long poème baudelairien désespéré, et publié 10 ans plus tard. Au moment où je suis devenu connu, sous les feux des projecteurs- loin de me réchauffer, ils m'ont brûlé l'âme- j'avais changé...

C'est une oeuvre de jeunesse, dans laquelle tu peux lire ce que tu veux. «Carpe Diem» est le slogan par excellence de la jeunesse brûlante qui m'animait. En vieillissant, on change, je te le disais, et on comprend la vanité d'un tel proverbe. Mais puisse la jeunesse y croire à jamais.

J'attends ta réponse, je serai ravi de correspondre avec une Lou-Manu... Si elle le veut.

Ti Jean, solitude.