Lou-Manu
écrit à

   


Jack Kerouac

     
   

Partir sur ma route

    Ti Jean

Je crois que nous nous sentons aussi seuls l'un que l'autre, peut-être est-ce le cas pour tout le monde et sommes-nous les seuls à affronter la vérité. Merci pour les titres des livres, il me tarde de découvrir tes autres oeuvres. Tu me conseilles de me couper de mon monde, il m'arrive de le faire (mais pour une courte durée) au grand dam de mes amis qui ne comprennent pas que l'on puisse avoir besoin de se retirer du monde pour se sentir être.

Je rêve de partir comme tu le dis, mais une certaine peur me retient... J'envie ta liberté. J'ai lu quelque part que tu ne serais pas parti si facilement sur les routes si tu n'avais pas eu un foyer confortable et rassurant. Est-ce le cas? Pour ma part, je pense qu'il est plus agréable -et plus facile- de partir quand on sait que quelque part on nous attend. Partir tout en sachant qu'on peut rentrer à tout moment. Alors le voyage peut se déguster, se savourer.

Au cours de mes recherches sur ton livre On the road, je suis tombée sur le livre Sur ma route écrit par Carolyn Cassady. Elle y relate sa vie avec vous, membres de la Beat generation. Peut-être en as-tu entendu parler. Son point de vue est différent du tien, et j'ai eu l'impression qu'elle était plus réaliste. Peut-être est-ce dû au fait qu'elle avait plus de recul quand elle a écrit ce livre.

J'ai commencé Le vagabond solitaire, je n'en ai pas lu assez pour avoir des questions à te poser dessus, en tout cas j'ai beaucoup aimé la préface.

A bientôt

Louise-Emmanuelle


Lou-Manu,

Tu rêves de partir. Quoi de plus légitime? Mais le plus dur dans un voyage, et chacun le sait, c'est de franchir la porte. Je l'ai fait, plus d'une fois, trop de fois même... Est-ce une liberté que de se sentir poussé malgré soi à devoir errer sur les routes noires d'une Amérique âpre à en crever? Quand je suis parti, la toute première fois, j'ai tout fait de travers. Je n'avais pas pris des chaussures adaptées à la route, je me suis trompé, j'ai mangé exclusivement des tartes aux pommes et des glaces... Bref, une horreur. Il a plu sans cesse... Mais j'étais mordu. Et le sentiment grisant de liberté m'empêchait de réaliser les failles de mon projet. Et j'ai recommencé...

Pour ce qui est du livre de Carolyn, je l'ai lu. Elle y parle surtout de Neal et d'Allen, et il est vrai que ces deux-là formaient un sacré couple de bambochards. Quand elle parle de moi, c'est en termes mi-flatteurs (je serais un très bon amant, et j'aurais fait un très bon père) mi-déçus (je serais faible de caractère face à Neal et trop introverti...). Quant au recul dont tu parles, je ne sais pas s'il peut exister de recul de la part d'une femme qui a vécu avec Neal et qui a assumé seule ses deux enfants...

J'attends des nouvelles.

Joie.