Victor
écrit à

   


Jack Kerouac

     
   

Cher Jack

    Jack,

J'ai lu avec grand plaisir deux des livres que tu as écris. Le premier, comme tu t'en doutes, est On the road; le second: The Dharma Bums (méchamment traduit par Les clochards célestes d'ailleurs). Outre ton érudition malicieuse, ton propos sincère -même dans la fiction- et ta tristesse m'ont touchés. C'est une tristesse immense, rectiligne et marquée régulièrement de longues plages blanches qu'on retrouve à la fin de ta route. As-tu écrit ce livre pour nous dire que l'errance nous «mène» au malheur?

Toi qui voyages maintenant sur une autre route, dans une vieille voiture conduite sans doute par ton pote Cassady, dis-moi ce qu'il y a au bout de celle-ci -ou ce que toi tu y cherches, si par hasard elle connaît une fin!

Amicalement,

Victor

P.S.: mes amis adorent quand je fais le serment de la banane!



Victor,

Je relis ta lettre. Ah je m'étais cru oublié!

Tu as remarqué toi aussi la honteuse traduction de mon bouquin: Je suppose que c'est plus vendeur: il faut glisser de l'ésotérisme dans ses titres...

J'ai écris Dharma Bums bien tard après avoir vécu les évènements que j'y relate: je regrette cette époque de folie et de nervosité qui m'a conduit là où je suis actuellement; gros et amer... L'alcool me ronge chaque jour un peu plus: S'il faut voir dans mon bouquin une tristesse; c'est celle du temps qui passe et qui ne reviendra plus.

Neal se porte mal. Je ne lui écris presque plus; et lui non plus. De toutes façons je suis fatigué.

Je voyage sur les chemins de la mort et je n'y puis plus rien.

A la prochaine ...

Jack; Ti Jean... Bien pâle.