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Monsieur Le Président,
C’est un grand honneur pour moi de m’adresser au premier président catholique élu à la Maison Blanche.
Je félicite également votre père, Joseph Kennedy,
qui toujours a su faire de bons investissements et utiliser des valises
robustes.
Je vous félicite donc pour votre victoire sur le candidat Nixon,
qui me semblait être comme vous le dites vous-même
«un petit malin mais pas un canon». Je suis persuadé
que ce républicain quaker aura sa chance la prochaine fois. Il
lui faudrait juste un peu de plomb dans la tête pour arriver
à votre niveau.
Je vous écris aussi pour vous féliciter et vous remercier
pour votre audacieuse politique en Europe où vous avez
réaffirmé (surtout en Allemagne) votre attachement
à la Liberté et déclaré fièrement
aux Berlinois «Ich Bin ein Berliner» (je ne suis pas
persuadé que les survivants de l’Holocauste apprécieront,
enfin bon).
Je vous félicite aussi pour votre engagement d’envoyer un homme
sur la Lune avant 1970, ce qui représente un exploit
technologique et humain remarquable et ce qui permet aussi le
reclassement providentiel de tant de physiciens nazis à la NASA;
il aurait été injuste que Von Braun, le nazi qui a
utilisé la main d’oeuvre bon marché des camps de
concentration pour faire construire ses engins de mort contre
l’Angleterre et la Belgique et ses amis se retrouvent au chômage
ou pire devant les juges de Nuremberg.
Je vous félicite aussi pour l’attention que vous avez toujours
portée à la santé du président Cubain Fidel
Castro, je suis persuadé qu’il a beaucoup apprécié
la boîte de cigare (assaisonnée à l’anthrax) que
lui a récemment envoyé la CIA, et les autres petites
attentions de ce genre.
Enfin, je vous félicite pour vos rapports très amicaux
avec monsieur Sinatra et madame Monroe, mais je pense qu’il serait de
votre intérêt d’éviter de les fréquenter.
Avez-vous déjà entendu parler d’un certain Sam Giancana
et d’un certain Aristote Onassis et enfin d’un certain Lee Harvey
Oswald? Je pense que vous devriez là aussi vous méfier de
ces fréquentations et surtout d’éviter de visiter la
ville de Dallas: ces ploucs du Sud sont vraiment mortels.
Le Klan et la mafia locale n'hésitent pas à tenir
à votre encontre des propos dangereux. Ils distribuent dans les
rues de la ville de Dallas un tract intitulé
«Traître» où figure votre photo, ce qui
pourrait donner des idées malheureuses aux
déséquilibrés. Tout le monde n'apprécie
visiblement pas votre politique en faveur des droits civiques et
d'Israël.
Je vous écris surtout concernant votre politique d’engagement au
Viêt-Nam. Pensez-vous qu’il soit rentable d’envoyer
l’armée et surtout de jeunes appelés dans ce lointain
pays du Sud Est asiatique où les États-Unis n’ont aucun
intérêt économique à préserver? Les
Vietcongs sont soutenus par la Chine Populaire dotée d’effectifs
humains considérables et cette dernière n’a jamais
hésité à prêter main forte à ses
alliés, je pense surtout à ce qui s’est passé
pendant la guerre de Corée où déjà
l’armée US a dû se battre à dix contre un, et
contre des «conseillers militaires» chinois.
Le napalm, l’agent orange mutagène et les bombes à
fragmentations «Cluster» sont certes des armes
merveilleuses capables de pacifier durablement le Vietcong, et le lobby
militaro-industriel va se faire une véritable fortune (mille
milliards de dollars en dix ans) dans le développement du
marché de la mort , ceci sans parler du véritable
«pont aérien» entre leurs champs de pavots d’Asie et
les États-Unis que les trafiquants de drogue vont établir
grâce aux GI qu’ils vont soudoyer et droguer, mais ne pensez-vous
pas que cet argent serait mieux investi dans le domaine de la
médecine ou de l’éducation?
Il faut lutter contre les rouges mais avec la certitude de pouvoir les
écraser non pour le simple plaisir de les combattre. Vous n’avez
pas hésité à brandir la menace nucléaire
pendant la crise des missiles de Cuba alors pourquoi pas contre les
Viets? Les Viets et les Chinois n’ont pas la bombe A, enfin pour
l’instant, et une frappe nucléaire préventive de grande
envergure pourrait résoudre plus simplement le problème
non?
Amicalement,
Gérard Lison, fervent admirateur Belge.
Cher Gérard,
Votre lettre est la première que je reçois et votre
enthousiasme me touche. Dommage que vous ne soyez pas américain,
vous en avez l’âme! Vous savez je suis en pleine campagne pour ma
réélection! La question du Viêt-Nam est
épineuse, comme je le disais à un journaliste
dernièrement, quel bourbier!
Avant de répondre directement à votre question, je
décèle en vous une pointe d’agacement. Vous
évoquez Berlin en 1963 et mon intervention à Chekpoint
Charlie, je ne pense pas que cela ait le moindre rapport avec les
victimes de l’Holocauste! Je vous rappelle à quel point je suis
respectueux de cette immense douleur. J’ai voyagé en Europe
à titre personnel avec mon meilleur ami, puis après la
guerre dans la délégation américaine de ce vieil
Eisenhower! Je vous rappelle également que j’ai perdu moi aussi
quelqu'un dans cette foutue guerre!
Quand j’ai prononcé ces mots à Berlin dans un allemand
approximatif je vous l’accorde, je célébrais le monde
libre, l’espoir et le pacifisme! Je vous engage à relire mon
discours...
Vous ajoutez encore une critique au sujet de Von Braun, c’est avant
tout un scientifique, un formidable scientifique qui s’est
racheté en permettant la plus belle réalisation humaine.
Il a inventé les V1 et V2 en 1937 je crois, Hitler les a
utilisés après à des fins guerrières, Von
Braun est un grand physicien qui a fait avancer les États-Unis,
il a été abusé par le nazisme comme beaucoup… pour
mon parti, je tiens à dire que l’opération Paperclip
s’est fait à l’insu de Roosevelt.
En ce qui concerne Castro, c’est un beau gâchis, nous aurions pu
le garder dans notre sphère d’influence, par contre je ne vois
pas de quoi vous voulez parler au sujet de cette lettre à
l’anthrax? Vous savez la CIA n’est pas toujours franche avec moi…
Après, vous êtes bien aimable avec vos recommandations,
Sam Giancana n’est pas un étranger pour ma famille, ni Jimmy
Hoffa, mais mon frère Bobby s’en occupe.
Il est fort regrettable que mademoiselle Monroe soit morte,
c’était une très belle et très jeune femme, elle
était venue chanter à mon anniversaire grâce
à mon ami Frank et mon beau-frère Sargent.
Pour tout vous dire monsieur, je ne connais pas du tout cet Oswald dont
vous me parlez et Onassis est un armateur grec milliardaire que Jackie
connaît mieux que moi, peut-être serons nous un jour
beaux-frères, je crois que ma belle-sœur est très
éprise.
Maintenant abordons la question du Viêt-Nam, si vous le voulez
bien, je vous répondrais en vous disant que j’ai pris des
dispositions, j’ai signé plusieurs documents que je ferai
appliquer à mon retour de Dallas. Comme je l’ai dit plus haut,
c’est un bourbier.
Vous parlez de plaisir de combattre! Mais enfin, nous parlons de la
menace communiste! Au début, nous avons voulu les aider, les
États-Unis ont passé un accord en 1961 mais bien vite les
Chinois et les Russes se sont engouffrés... Ah! C’est une
vacherie que ce conflit dans ce petit pays. J’ai envoyé des
conseillers militaires puis des troupes; je règlerai tout
ça après Dallas.
Ne vous inquiétez pas, les sudistes sont agités avec
cette stupide ségrégation mais j’ai choisi d’emmener ce
satané Texan de Johnson, il faut bien qu’il me serve à
quelque chose et puis comme je dis toujours, il suffit d’un fou avec
une carabine, on ne peut rien y faire!
Excusez-moi, Pierre m’appelle, nous reparlerons plus tard.
Cordialement
John F. KENNEDY
President of the United States of America
Monsieur le Président,
Je vous remercie de votre réponse et vous souhaite bonne chance dans votre campagne.
Je n'ignore pas que votre frère est décédé
dans cette guerre en attaquant précisément une base de
lancement de V2 et je ne doute pas de l'intelligence de ce Von Braun,
mais je doute qu'il soit aussi innocent qu'il veut le faire croire.
Pour ce qui est des cigares à l'antrax, Castro ne les a pas
fumés, et comme vous semblez tout ignorer de l'incident je vais
vous l'expliquer.
En 1959, alors que Castro venait juste de renverser Baptista, la CIA a
décidé de le supprimer (Castro, pas Baptista) et a
élaboré une multitude de stratégies de complots;
ça allait des suppositoires au cyanure (qu'une prostituée
devait lui planter où vous savez) aux chaussettes enrichies au
tallium jusqu'à la bouteille d'oxygène de plongée
sous-marine remplie de bacilles de la tuberculose.
Une des tentatives les plus abouties fut d'offrir à Fidel Castro
une boîte de cigare «améliorée» au
bacille de l'anthrax qu'un colonel de la CIA dut offrir comme
présent au cours d'une réception diplomatique (offrir des
cigares à Castro! pourquoi pas un baril de pétrole
à l'émir du Koweit?). Les cigares de la boîte
étaient soit contaminés (et dotés d'une bague de
cigare) soit non contaminés (sans bague de cigare) et le colonel
de la CIA avait pour mission d'inciter Castro à fumer un cigare
contaminé.
Pour mettre le Cubain en confiance, il prit lui-même un des
cigares et le fuma devant Castro. Castro, méfiant, se
déroba. Le lendemain, on retrouva ledit colonel de la CIA
agonisant dans sa chambre d'hôtel, le corps couvert de furoncles:
il s'était trompé de cigares. Hé bien quoi, tout
le monde peut se tromper!
Pour ce qui est du communisme, le combat est inévitable, la
Liberté doit être défendue et les hommes
épris de liberté doivent la défendre. Cependant,
là où je ne suis pas d'accord, c'est cette maudite
conscription, d'utiliser des jeunes gens à peine sortis de
l'adolescence et parfois même issus de familles riches pour aller
à la guerre.
Envoyer au front des militaires de carrière ou des individus
issus des milieux défavorisés et donc sacrifiables est
parfaitement légitime, mourir à la guerre, pour un
soldat, c'est un destin qu'il a choisi et quand on est pauvre la guerre
vaut bien le travail à l'usine, mais avez-vous pensé aux
étudiants dans les campus d'universités qui n'ont
guère envie de se faire tuer par ces asiatiques?
Enfin, je ne peux que vous mettre en garde contre ces Texans, ça
ne fait pas une génération qu'ils sont descendus de
l'arbre (ce qui explique pourquoi ils ne croient pas que la
théorie de l'évolution les concerne) et ils sont tous
armés.
Amicalement,
G. Lison
Cher Gérard,
Comme je vous le disais à la fin de ma précédente
lettre, j’ai moi-même rédigé une lettre pour
retirer toutes les troupes que j’ai envoyées! C’était une
erreur! Mais vous semblez beaucoup tenir au problème vietnamien,
j’ignore pourquoi. En rentrant je ferai appliquer mes directives,
ça servira sans doute ma réélection!
Vous m’en apprenez de belles sur la CIA! Je suis heureux que ces
imbéciles se soient fait prendre à leur propre jeu. Il
est vrai que Castro est une menace pour nous, j’ai déjà
pensé à en finir avec lui pendant la baie des Cochons et
même après, mais bon, tout ceci je le laisse à
l’histoire; j’espère qu’on ne retiendra pas de moi que
j’ai voulu tuer Castro.
Comme je l’ai dit au professeur Einstein, nous entrons dans une phase
de détente. Ce n’est pas la fin de la guerre froide mais je
pense que ce petit pas va en inaugurer de plus grands, j’ai espoir.
Pour les Texans, je vous redis que j’ai emmené ce fils de p...
de Johnson, il va les calmer! Oui, je sais, vous vous inquiétez
comme beaucoup à la Maison Blanche au sujet de Wallace et des
récentes attaques contre mon gouvernement. Je suis
persuadé d’être bien reçu au Texas, ils aiment leur
président! Enfin, je ne suis pas un étranger dans mon
propre pays! Et puis j’ai mon arme secrète: Jackie est
là, elle séduit le coeur des foules, j’ai confiance!
Cordialement,
J.F KENNEDY
President of the United States of America
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