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Cher Président,
C'est avec la plus grande émotion que je vous écris cette lettre, qui vous provient de l'année 1954.
Je suis moi aussi sur Dialogus, et
j'accueille votre arrivée avec joie. J'ai peu à vous
apprendre sur moi; je suppose que vous me connaissez, et que vous
êtes au courant de mes efforts dans le but de prévenir le
président Roosevelt contre la bombe atomique allemande. Vous
savez tout ça, sans nul doute.
Par certains de mes correspondants
du futur, et par la documentation que monsieur Dumontais a mis à
ma disposition, j'ai appris votre rôle dans ce qui aura
été appelé, je crois, la crise des missiles.
Même si j'apprécie le courage et la fermeté dont
vous avez dû faire preuve dans cette affaire extrêmement
délicate, je ne saurais trop vous mettre en garde contre
l'utilisation d'armes nucléaires, dans quelque contexte que ce
soit.
Bien au-delà des armes
conventionnelles, les armes atomiques hissent la logique de guerre
à un niveau où la mort de millions de personnes en
quelques minutes devient possible, et qui plus est, la mort
d'innocentes populations.
Jusqu'à maintenant, les
combats militaires opposaient des armées, et les victimes
étaient des soldats qui combattaient pour leur patrie, mais
à partir du moment où les populations des grandes villes
deviennent les cibles d'éventuelles attaques, et que cela fait
même partie de la stratégie voulant que l'ennemi soit
dissuadé d'attaquer, je considère que ce coup de bluff
doit être évité.
N'oubliez pas que le pays que vous
dirigez, en grand défenseur des droits et libertés
individuels, aura été le premier, et le seul, à
utiliser l'arme atomique contre d'innocentes populations. Ce fait me
hante toujours, et je ne crois pas que les armes atomiques doivent
faire partie d'une stratégie globale de dissuasion.
Je pense que la création d'un
organisme mondial de supervision de l'énergie atomique est
indispensable, et même nécessaire à la survie de
notre espèce, et même de la planète.
Monsieur le Président, avec
mon plus grand respect, en ayant accès au contrôle des
armes atomiques dans notre pays, vous acceptez de porter une
très grande responsabilité, et je compte sur votre
sagesse pour que mes petits-enfants, et les vôtres, puissent un
jour vivre et s'épanouir dans un pays où le danger
atomique ne plane pas au-dessus de leurs têtes comme une
épée de Damoclès.
Votre dévoué,
Albert Einstein,
Princeton
Très cher Mr Einstein,
Permettez-moi de vous dire toute l’admiration que j’éprouve pour
un génie tel que vous. Je relis votre lettre et je suis
tellement d’accord avec vous! Je fais tout pour réaliser votre
voeu, que je partage.
J’ai moi aussi des enfants. Je veux que nous soyons tous en harmonie
car nous vivons tous sur la même planète. En 1962, nous
avons eu en effet de gros problèmes avec l’URSS et Cuba.
Khrouchtchev avait entreposé des missiles sur Cuba, soit
à 150 km des côtes américaines... je ne pouvais pas
laisser passer ça.
On ne vous a pas parlé de la baie des Cochons, un
désastre survenu un an auparavant. La CIA m’a trompé,
bref, un échec terrible, nous en reparlerons plus tard. Enfin,
il fallait que je me rattrape, que je sois ferme, ces abrutis à
l’État-major disent dans les couloirs que je suis trop laxiste,
on m’a même traité de rouge!
Il me fallait être ferme mais néanmoins mesuré. Ce
fut un jeu diplomatique des plus stressant. Plusieurs de mes
conseillers ont bien cru qu’on allait y passer mais c’est finalement
mon frère qui réussit à tout arranger! Ils sont
forts les Kennedy! Vous les auriez vu tous ces militaires après
la crise, si confiants... avec eux, nous y serions tous passés!
Nous avons réussi à faire enlever les bases de lancements
et les missiles... officiellement, quelle grande victoire!
Officieusement nous devons retirer nous aussi nos missiles de Turquie;
de toute façon nous devions le faire!
Cher professeur, laissez-moi vous apprendre qu’avant de quitter
Washington, j’ai réussi à obtenir qu’un traité
soit signé sur les essais nucléaires. C’est un
traité sur la limitation des essais. Avouez, mon cher, que c’est
le premier!
Comme je l’ai dit, un conflit qui durerait soixante minutes
anéantirait trois cents millions d’Américains,
d’Européens et de Russes. Je sais que ce n’est pas la fin de la
guerre froide mais c’est une entrée dans une phase de
détente.
Cordialement,
J.F KENNEDY
President of the United States of America
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