Que pensez-vous du général Hanriot ?
       

       
         
         

Vanessa

      De tout mon respect :

Je voudrais savoir ce que vous pensez du Général Hanriot, le Commandant Général de la Garde Nationale, car je suis en train de faire un travail historique sur lui (je suis historienne et Jacobine).

Certains historiens affirment qu'il était ivre le jour du 9 Thermidor et que c'est a cause de cela qu'il a très mal agi cette journée, mais d'autres historiens assurent que ce n'est pas vrai... au moins, tout à fait vrai.

Je suppose que vous avez connu Hanriot de près et que vous pouvez m'informer un peu sur sa personnalité, surtout sur sa façon d'agir le 9 Thermidor... C'est vrai qu'un
certain Coffinhal l'a jeté par la fenêtre et lui a arraché un oeil?

Citoyen Saint-Just, je vous admire beaucoup et Robespierre, et je vous demande humblement pardon de vous avoir dérangé de mes questions stupides.

J'ai choisi de vous écrire le jour même ou vous avez quitté ce monde infâme.

Salut et Fraternité

Vanesa d'Argentine.

 

       

 

       

Louis Antoine Saint-Just

      Bonjour chère Vanesa!

C'est un vrai plaisir de vous retrouver parmi mes correspondants au Dialogus après notre rencontre fortuite au «Forum» de Ph. Royet. Je saisis l'occasion pour vous demander pardon pour vous avoir fait attendre; hélas, citoyenne, on n'appartient plus à soi-même lorsqu'on est au service de la Patrie.

Néanmoins, Vanesa, je suis maintenant à votre service et je m'empresse de vous répondre et de satisfaire, à la mesure de mes possibilités, votre curiosité quant au Général François Hanriot.

Je ne l'ai connu que commandant de la garde nationale, et d'une manière succincte. Je me souviens bien de lui dans la journée du 2 juin 93, il s'est montré bien. C'est justement pour cela qu'il a été promu au grade de commandant général. Il a été toujours fidèle à la révolution, il n'est point question de mettre en doute son patriotisme. Il est honnête, simple peut-être, parfois ignorant, quelquefois grossier, mais c'est un vrai fils du peuple, fidèle et dévoué, homme de confiance, ce qui lui valut d'être constamment calomnié et accusé à tort et à travers. Pas plus loin que la nuit du 9 au 10 thermidor j'ai été encore obligé de le défendre contre des accusations absurdes.

Quant à sa sobriété, effectivement, j'ai entendu des on-dit la mettant en doute, mais je ne peux ni les confirmer, ni les infirmer, et pour cause: je n'ai jamais bu avec lui! Qu'il boive, cela, citoyenne, n'est point impossible, mais le vin ne le prive pas de possibilité d'exercer bien sa fonction. Le 9 thermidor, lorsque je l'ai vu arriver, ligoté, prisonnier, comme nous, à l'hôtel de Brionne, il m'a paru effectivement comme déséquilibré, mais compte tenu de la situation cela ne m'a guère étonné et j'avais bien d'autres préoccupations que celle de veiller à la sobriété dudit citoyen. 

S'il a été jeté par la fenêtre par Coffinhal?... Je ne sais pas. Cette horrible nuit, j'étais partagé entre Philippe qui se donna la mort, et Maximilien qui fut grièvement blessé, et je ne me suis occupé que de lui. Le lendemain, j'ai vu Hanriot dans un sale état, l'œil presque arraché, enfin, je ne l'ai pas regardé longtemps, cela me donnait la nausée. Donc, il est tout à fait possible qu'il ait fait une chute, mais Coffinhal, je ne l'ai plus revu. Jamais.

Pour conclure, je pense, chère citoyenne, que le Général a agi comme il a pu, il s'est montré notre ami dévoué jusqu'au bout, et je refuse de le rendre seul responsable de cet échec. En espérant avoir répondu à votre question, je vous salue fraternellement.

L. A. Saint-Just