| | | Citoyen et ami,
Quand je t'écrivais: «Je suis le
citoyen Maurice, qui t'admire et qui t'aime», j'espère fermement que tu
as compris le message dans le bon sens. Il n'y a aucune connotation
homosexuelle la dessous. L'homosexualité me dégoûte au plus profond de
moi-même. Tu m'as répondu: «J'ai juré que ce serait la Révolution mon unique et éternel amour!»
Cette réponse m'a un peu choqué. Alors, s'il le fallait, je tiens à te
préciser que je t'aime au sens amical du terme, sans dérive perverse
d'aucune sorte. Ce n'est pas parce que je dis que tu es «mon petit
chouchou» parmi tous les héros de la Révolution française qu'il faut
pour autant comprendre les choses de travers!
J'ai un sens très haut de l'amitié. Je ne tolère
pas qu'on vienne sournoisement galvauder ce sentiment en y mêlant
le sexe.
Certains
esprits médiocres vous ont accusés, le grand Robespierre et toi même,
d'avoir été amants. Deux tapettes, en somme... Ces gens là ont cherché
à vous salir, de toute évidence. Et puis, ils font la triste
démonstration qu'ils ignorent ce que c'est que l'amitié. S'ils savaient
ce que c'est, ils n'oseraient pas commettre ce sacrilège. Saletés de
gens! Ni Robespierre, ni toi, ni moi ne sommes des homosexuels. Que les
calomniateurs s'étouffent eux-mêmes avec leurs propres calomnies.
Maintenant,
je vais te poser une question: que penses-tu des monarchies
constitutionnelles modernes qui prétendent, avec orgueil, être autant
démocratiques, sinon plus, que notre pauvre malheureuse et infortunée
République française du XXIe
siècle? Il est vrai qu'en 2008, notre scélérat de
président Sarkozy est pire qu'un roi! ( Lui et toute sa bande de
voleurs)
Pour
ma part, je hais les monarchies, même démocratiques, pour la seule
raison que ce sont des monarchies. C'est intolérable pour moi!
Salut et fraternité.
Ma femme et mes deux fils se joignent à moi.
Maurice, ton ami de toujours.
Citoyen,
Me voilà rassuré sur ta moralité et la nature exacte
des sentiments que tu me portes! Ce malentendu étant levé, on passe à
ta question.
Le pouvoir monarchique est pervers par sa nature,
car la raison ne peut s'accommoder de la puissance (héréditaire!) sans
bornes de celui qui se croit au-dessus de tous, souverain à la place de
la nation. Aucune constitution ne peut rien y changer, et rien ne peut
légitimer l'usurpation de la souveraineté du peuple. Si le roi règne,
son pouvoir est par définition tyrannique, et tout homme a sur lui, par
la loi de la nature, le même droit que Brutus avait sur César. Si le
roi ne règne point, que vient-il faire donc à la cité où il est un
étranger? Il n'est pour la nation qu'un fardeau inutile et honteux,
symbole infâme des temps d'esclavage, haï et méprisé par les patriotes
qui suivraient ton exemple. Le roi doit régner ou mourir, je l'ai déjà
dit: pour moi, il n'y a pas de milieu.
Je te prie d'accepter, Citoyen, mes amicales salutations.
Vive la République!
Louis Antoine Saint-Just |