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Maurice |
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Idées mais pas méthodes |
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Citoyen et très cher Louis, Citoyen Maurice,
Tu me vois flatté par tes sentiments ainsi déclarés, mais j'ai juré que ce serait la Révolution mon unique et éternel Amour! Je reviens pour un moment de l'armée où nos soldats rapprochent le triomphe de la République sur les tyrans qui la menacent, et j'en profite pour mettre à jour ma correspondance. La guerre apporte à tes interrogations quant au «sang que l'on fait couler pour défendre les idées», une réponse toute prête. Vois-tu, la République se bat à mort contre les puissances dont les conceptions politiques ne sont pas les siennes, et nos soldats font exactement la chose que ce que tu me reproches: ils tuent les ennemis pour défendre les idées et les valeurs de la Révolution, la liberté et les droits de l’homme. En mission aux armées, je suis aussi responsable du sang des soldats ennemis tués pendant les batailles car je contribue autant que je le puis à ce que la République soit victorieuse, donc à ce qu'ils meurent. Et songe donc, que cent mille patriotes libres ont déjà péri sous les coups des tyrans et ne défendent plus la liberté, alors que notre ennemi n'a perdu que des esclaves! Tuer des hommes revient donc à défendre les principes de la République. Ces principes sont miens, j'ai tué... et je ne me crois pas assassin. Me donneras-tu tort? Et l'aristocratie, et les agents de l'infâme étranger qui combattent le peuple et la Révolution à l'intérieur même de la République, et n'aspirent qu'à notre perte, ne sont-ils point nos ennemis au même titre que les tyrans de l'Europe? Ennemis du peuple, ennemis de la liberté, le parti opposé à la Révolution ne veut que le rétablissement de la tyrannie, et jamais il ne nous fera la paix. Or, dans la cité, il ne peut y avoir que des citoyens; tout ce qui s'oppose au souverain est ennemi. Comment balancerait-on entre le peuple tout entier et quelques rebelles qui attaquent sans cesse la patrie? Je conclus pour toute raison qu'il faut qu'ils périssent, par le même droit de la guerre. Quant aux prétendus républicains dont les idées politiques auraient différé des miennes, eh bien, je te dirai qu'il n'y a pas dans la République d'autres républicains que ceux qui respectent religieusement le pouvoir du peuple, qui s'inclinent devant la souveraineté du peuple et sont pénétrés d'amour pour la liberté et l'égalité. Certes, il n'y a pas un factieux ni un conspirateur qui puisse se prévaloir de tels principes! Il y aurait de l'inhumanité à leur sacrifier tout un peuple; pourquoi n'aurais-je donc raison de distinguer les bons des méchants? Tous ceux qui se prétendaient «républicains» et se distinguaient par le mépris et l'injustice envers le peuple et l'indulgence envers l'aristocratie, qui déclaraient vouloir fonder la république et ne cherchaient en vérité qu'à comprimer le souverain et à diviser les citoyens afin de rétablir le trône, je les prierai d'accorder leurs principes avec la République ou bien de reconnaître franchement leurs goûts monarchiques. Pour finir, j'avoue de ne pas avoir compris à quelle «erreur de jeunesse» tu fais allusion. Je n'ai jamais volé ma mère ni qui que ce soit d'ailleurs, et je n'ai jamais rien entendu de plus insensé. J'ai infailliblement d'autres défauts, mais pas celui-ci. La République ou la mort! Louis Antoine Saint-Just |
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